Carême 2026 – Cinquième semaine de carême – 22 mars 2026
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Réflexion de Carême 2026
5e semaine de Carême
La Résurrection de Lazare (Jean 11, 1-45)
Déliez-le et laissez-le partir

Vincent Van Gogh – La Résurrection de Lazare (d’après Rembrandt)
Au moment où j'écris ces lignes, des feux d'artifice illuminent le ciel de Penang pour la fin du Ramadan. Bientôt, nous chanterons et décorerons les lieux de culte pour la fin des trois jours que Jésus a passés aux enfers, dans cet espace liminal entre la vie terrestre et la Vie éternelle. La résurrection de Lazare nous prépare aux mystères de Pâques. C'est un récit d'une simplicité complexe, dont les multiples niveaux de sens et les paradoxes forment une sorte de labyrinthe dans lequel il nous faut pénétrer avant d'en saisir le sens.
Pourquoi Jésus n'est-il pas allé directement auprès de Lazare, qu'il aimait, lorsqu'il a appris sa grave maladie ? Il aimait Lazare et ses sœurs Marthe et Marie, et pourtant, comme le suggère le texte, c'est par amour pour elles qu'il a attendu ces deux précieux jours. Quelle puissance de présence Jésus a-t-il déployée à travers le temps et la distance pendant l'agonie de Lazare ? Son retard ne peut se comprendre qu'à la lumière de ce qu'il appelle la gloire de Dieu. Lorsqu'il annonça son départ, les disciples l'accompagnèrent fidèlement, craignant que le complot grandissant contre lui ne mette bientôt fin à sa vie et à la leur. Son arrivée à Béthanie révèle la profondeur et la subtilité de ses relations avec ses amis.
Lorsqu'il partage leur chagrin et s'approche du tombeau, il est « profondément ému et troublé » : il vaudrait peut-être mieux dire accablé de chagrin et anéanti par le pouvoir de la mort. « Jésus pleura » est un euphémisme. Ces quatre jours de vide et de deuil furent sa propre préparation à la puissance de vie qu'il allait exercer sur la mort. Selon la croyance juive, l'esprit restait près du corps pendant trois jours avant de le quitter définitivement. Quatre jours symbolisent un vide absolu. Marthe, toujours pragmatique, le met en garde contre l'ouverture du tombeau-grotte, mais, submergé par le désespoir, il l’ignore pour appeler son Père, comme il le fera de nouveau bientôt, mourant sur la Croix. À travers l'étrange paysage de cette histoire, événements et forces, énergies divines et humaines s'entremêlent, tissant un récit que nous ne pouvons déchiffrer qu'en nous y perdant et en nous y retrouvant.
Que s'est-il réellement passé ? Que se passe-t-il réellement en nous lorsque nous nous confrontons à la puissance d’un chagrin d'amour, plus forte que notre propre mort ?

Laurence Freeman, o.s.b.
Bonnevaux