Carême 2026 – Jour de Pâques – 5 avril 2026
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Réflexion de Carême 2026
Jour de Pâques
Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Il souffla sur eux et dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés ; ceux à qui vous ne les pardonnerez pas, ils ne leur seront pas pardonnés. »
(Jean 20, 21-23)

Arbre de Pâques, Bonnevaux (photo de Laurence Freeman)
Le dimanche de Pâques est le jour le plus long de l’année. Depuis sa création, il est devenu chaque jour.
Il jaillit des profondeurs ataviques (hérédité ancestrale) de la création, là où l’amour de Jésus pénètre lorsqu’il « traverse les enfers ». Il perce la surface du monde visible et continue de s’étendre à travers le temps. Le mot « traverse » est un terme de l’ancien anglais qui signifie piller ou saccager. C’est ce que font souvent les vainqueurs de manière violente et vengeresse.
Mais cette épreuve bouleversante est une œuvre cosmique de libération universelle, une réconciliation totale affranchissant toutes les créatures de leur esclavage à la décomposition et à la mort. L'entropie a trouvé son maître dans l'énergie créatrice infinie du Verbe de Dieu qui a donné naissance à toute chose. Le karma a rencontré une loi supérieure : il ne s'agit plus seulement de subir les conséquences de ses actes et de ses pensées, mais d'être embrassé par la loi transcendante de l'amour. Le pardon règne, et non la lutte pour le pouvoir. Nous prenons conscience que nous possédons le plus grand pouvoir : celui de pardonner.
La Résurrection a commencé le Vendredi saint, lorsque Jésus a rendu son dernier souffle et s'est remis irrévocablement au Père, son Père et notre Père, comme il nous le rappelle. La suite d'événements que nous sommes contraints d'imaginer pour expliquer ce regard unique et universel de compassion divine ne doit pas nous enfermer dans l'idée que quoi que ce soit qui se produise « dans l'éternité » ait un commencement ou une fin. Pâques existe dès la Création originelle.
Aujourd'hui, nous vivons Pâques avec la paix que Jésus nous insuffle, alors même que nous nous réfugions derrière des portes closes, prisonniers de la peur et de la honte. C'est l'instant présent de Dieu, manifesté dans toute la dimension spatio-temporelle de la réalité humaine. Tout a été transpercé, hier, aujourd'hui et demain.
La tragédie de la Croix, qui fait honte à l'humanité, est transpercée. Le désert triste et vide du Samedi Saint, empli d'attente, est touché par cette même rédemption du temps. L'illumination de la Résurrection n'est pas un éclair fugace. Elle est le processus et le but de toute conscience, commençant dès notre premier souffle et nous conduisant, au moment opportun, vers l'éternité. Elle est la lumière en nous. Il nous suffit de nous éveiller et de lui faire confiance.
Merci de nous avoir accompagnés durant ce long cheminement du Carême. Aujourd'hui, nous comprenons mieux le sens de tout cela. Et comme Marie-Madeleine, qui reconnaît la première le Christ ressuscité parce qu'il l'a reconnue, puissions-nous expérimenter et goûter à la reconnaissance mutuelle de l'amour. C'est un amour si profond que nous n'avons plus besoin de nous y accrocher, ni à quoi que ce soit d'autre. Nous avons été transpercés et libérés. Courons et servons l'accomplissement de la création nouvelle qui a commencé.

Laurence Freeman, o.s.b.
Bonnevaux