Méditation chrétienne du Québec et
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Carême 2023 – Vendredi de la 1re semaine de Carême – 3 mars 2023

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Réflexions quotidiennes du Carême 2023 :

Vendredi de la 1re semaine de Carême (3 mars 2023)

Que nous soyons brebis ou chèvre, que nous oscillions entre les deux identités ou que la fusion des deux soit achevée et que nous soyons libérés de tout souci, il y a toujours des surprises qui surgissent d'endroits inattendus. Il y a toujours quelque chose qui arrive à l’improviste. Tant que l'intégration de la personnalité n'a pas eu lieu - l'harmonisation de l'esprit et du cœur, et de tout ce qui se trouve entre les deux - nous pouvons craindre l'inattendu, voire vivre dans un état d'anxiété incessante ou de crainte cachée. Mais peu à peu la paix, avec l'harmonie et l'ordre, s'avère plus forte que la peur, toujours enracinée dans le changement constant qui nous rappelle inconfortablement notre mortalité.

Tout ceci commence déjà à paraître abstrait, voire prêcheur. Les histoires sont plus efficaces pour faire passer certaines vérités et en découvrir même plus que ce que le conteur avait compris. Les bonnes histoires, comme les mythes de la création, semblent d'abord se suffire à elles-mêmes, avec un début, un milieu et une fin. En fait, elles émergent d'un chaudron tourbillonnant d'imagination ancestrale. Les théoriciens de la littérature se disputent sur le nombre d'intrigues de base : sept (bien sûr) ou jusqu'à trente-six. Toutefois, si vous écoutez une histoire en vous demandant à quelle catégorie elle appartient, c'est qu'elle n'est probablement pas très bonne. Les bonnes histoires nous persuadent qu'elles sont uniques.

Beaucoup des plus grandes histoires et des grandes questions qu'elles contiennent traitent de l'origine et de la signification de la souffrance. La réputation de Dieu est suspendue à cette question. Nietzsche pensait que vivre, c'est souffrir et que survivre, c'est y trouver un sens. Une réponse claire, mais peut-être trop claire. Le récit hébreu de la création (Genèse 1-3) raconte une histoire intemporelle. Le premier foyer de l'enfance de l'humanité était un jardin avec de beaux arbres fruitiers et nos premiers parents pouvaient manger ce qu'ils voulaient, sauf le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils ont désobéi parce que la femme, comme d'habitude plus intelligente que son compagnon, s'est dit "pourquoi pas ?". Le résultat fut l'expulsion de l'Eden et une vie de souffrance qui se termina par la mort.

L'histoire biblique ne se lamente pas comme l'ont fait plus tard les commentateurs chrétiens qui ont appelé cela la chute, ont blâmé la femme et ont considéré la souffrance comme une punition. Ce n'était pas le cas des sages Hébreux, qui étaient d'accord avec Ève et voyaient dans cette histoire non pas une terrible désobéissance, mais simplement le fait de grandir et de découvrir à quoi ressemble réellement le monde extérieur.

C'est alors qu'entre en scène le "Yetzer Hara", sous la forme du serpent qui, dans l'imaginaire chrétien, est considéré comme le diable. Dans le mythe chinois, il devient un dragon, symbole de pouvoir, de force et de chance. L'éventail des histoires de méfaits humains dans la Bible reconnaît qu'il y a quelque chose en nous qui choisit souvent délibérément le mal plutôt que le bien. Il semble que la décision d'envahir l'Ukraine couvait et se justifiait dans l'esprit de M. Poutine depuis de nombreuses années. Néanmoins, souvenez-vous du destin des moutons et des chèvres. La Bible ne parle jamais de retourner au paradis terrestre, mais plutôt d'un nouvel avenir.

Les commentateurs juifs transforment le récit de la création en du grand art en affirmant avec malice que le Yetzer Hara, la cause de la désobéissance, fut délibérément créé par Dieu et inséré dans la psyché humaine. Sinon, Dieu aurait toujours su tout ce qui allait se passer : et combien cela aurait été éternellement ennuyeux pour Lui. Cela ne fait-il pas de Dieu un personnage plus intéressant et ne nous sentons-nous pas mieux d'être une chèvre ?

Laurence Freeman, OSB

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