Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

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Carême 2023 – Jeudi saint – 6 avril 2023

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Réflexions quotidiennes du Carême 2023 :

Jeudi saint (6 avril 2023)

             

Il les aima jusqu’au bout

Jn 13,1-15

Le Triduum commence : trois jours qui compriment le temps en un moment de révélation qui se déroule progressivement. En ces jours, notre Pâques, la Pâque des Juifs et le Ramadan des Musulmans se chevauchent. Quelle honte et quel manquement qu'une fois de plus, ils ne coïncident pas mais se heurtent. Dans la ville de Jérusalem, continuellement profanée par ceux qui la disent sainte, de violents affrontements ont déjà commencé entre Juifs et Musulmans ; et nous ne serons pas surpris par des affrontements - ou du moins l'échange de regards haineux et suspicieux - entre les confessions chrétiennes qui protègent le Saint Sépulcre. De quoi donner envie d'abandonner la religion. Si nous ne le pouvons pas, nous pouvons nous réjouir de la "Jérusalem céleste", décrite dans l'Apocalypse, où il n'y aura "pas de temple dans la ville" parce que son temple sera Dieu. Le sens à la racine de « templum » n’est pas une construction, mais un espace sacré.

Le repas sacré des chrétiens, l'eucharistie, a ses racines dans la dernière Cène, peut-être un repas de la Pâque (peut-être pas), qui, hier comme aujourd'hui, doit être célébré en famille et entre amis, sans clergé. En se souvenant du passé, il courbe le temps pour permettre ainsi à différents plans de signification et de conscience de se chevaucher de manière transparente, de fusionner doucement et de se séparer à nouveau. Typiquement juif, il s'agit d'un bon repas avec du vin plutôt que d'un service religieux à l’église ou d'une conférence intéressante.

Jésus profite de son dernier repas pour illustrer avec passion et précision son dernier message. Le moment catalyseur, avant le pain et le vin, est le lavement des pieds. Signe normal d'hospitalité pour les invités, il était accompli non par le chef de la maison, mais par un esclave. Lorsque Jésus met un tablier, il veut ressembler à un esclave et non à un chef religieux.

Un jour, dans un moment d'illumination, Simone Weil comprit que Jésus est l'esclave par excellence et que la religion qui porte son nom est faite pour des esclaves. Cette intuition l'a conduite à devenir une chrétienne exemplaire, bien que non institutionnelle. Pour Nietzsche, cette même intuition l'a amené à mépriser et à rejeter le christianisme, glorifiant au contraire la volonté personnelle et le pouvoir sur les autres.

Dans le lavement des pieds - le sacrement oublié du christianisme - Jésus met en œuvre cette approche du pouvoir dans toutes les relations humaines. Il est tellement subversif que les chrétiens ultérieurs ont neutralisé ce signe ; pourtant, c'est le seul qu'il nous dit spécifiquement d'imiter : "C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous".

Ici, ce n'est pas Judas, mais Pierre, le futur chef, qui trahit. Il refuse d'être touché. Jésus répond : "Très bien, si tu ne veux pas participer, tu t'exclus toi-même et tu n'auras rien de commun avec moi". Pierre se tortille et devient pieux, disant : "Lave moi tout entier, pas seulement les pieds". Il évite la pleine union offerte en laissant son ego prendre le contrôle. En général, l'ego ne peut pas recevoir un cadeau qui le menace, mais il exige davantage pour défendre son statut à part. Si nous comprenons mal le lavement des pieds, nous perdons la clé pour comprendre le don de soi dans le pain et le vin, le sacrifice de la Croix et, si nous perdons cela, quel est le sens de la Résurrection ?

Laurence Freeman, o.s.b.

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