Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Vendredi de la 1re semaine de Carême – 11 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Vendredi de la 1re semaine de Carême (2022-03-11)

Si l'entraînement spirituel essentiel de la vie (l’ascèse) se trouve dans la méditation, comme le croyait John Main, pourquoi et comment cela fonctionne-t-il ?

En laissant de côté le langage religieux pour répondre à cette question, nous pouvons toujours voir comment la méditation fonctionne généralement dans notre vie. L’ascèse du mantra finit par toucher tous les recoins de notre esprit ou de notre caractère. Les gens peuvent commencer à méditer parce qu’ils sont très préoccupés d’eux-mêmes. Puis ils se rendent compte que c'est une pratique beaucoup plus relationnelle qu'ils ne le pensaient et que les fruits sont plus évidents dans leurs relations qu'ils ne l'imaginaient.

Tout comme l'idée que "la méditation crée la communauté", les implications de cette prise de conscience pour l'avenir du monde sont immenses. La méditation est-elle vraiment importante au-delà de l’individu du méditant ? Qu’est-ce que cela change pour l'issue de la crise ukrainienne ou de la crise climatique ? Comment situer cela, comparé à l'influence de l'art sur le monde ?

Le poète W.H. Auden a dit que "la poésie ne fait rien advenir : elle survit dans la vallée de sa création, là où des dirigeants ne voudraient jamais intervenir". Le monde reste indifférent à la plus grande poésie. J'ai demandé un jour à un grand musicien s'il pensait que la musique faisait de nous de meilleures personnes. Il a réfléchi un moment et m'a répondu : "Peut-être, au moins pendant une heure environ après l'avoir écoutée".

La méditation peut-elle "faire bouger les choses" ou "nous rendre meilleurs" d'une manière que la poésie ou l'art ne peuvent pas faire ? Oui, car l'art de la prière est "l'art des arts". Il ne se contente pas de nous changer. Il déclenche un processus de transformation qui se glisse doucement, irrésistiblement, dans chaque fissure et chaque recoin de notre être. Cette transformation profondément personnelle et permanente devient une transfiguration. À mesure que nous changeons, l'environnement dans lequel nous vivons se transforme. Nos relations, notre travail, chaque rencontre fortuite reflète cette influence de l'intérieur sur le monde extérieur.

Hier soir, la théologienne Jane Williams a initié notre série de conférences du soir sur les femmes mystiques et théologiennes. Elle a parlé avec force des préjugés à l'encontre des femmes, qui les ont amenées à être considérées comme "décrivant simplement leur expérience personnelle" : on ne considérait pas que les femmes avaient la capacité de penser en profondeur. Elle a illustré à travers le travail de trois grandes femmes mystiques combien leur pensée était profonde dans leur tradition théologique. Le Dr Williams a expliqué comment la méditation conduit directement dans l'espace créé par Dieu, où nous connaissons la façon dont Dieu se donne en partage. Nous renonçons à la pensée et aux images, mais nous percevons Dieu plus que nous n'en sommes conscients sur le moment. On peut s’interroger sur cette expérience après coup, mais pas pendant le temps de prière.

Ceci suggère que la méditation change quelque chose. Nous ne voyons pas directement comment, mais nous voyons les choses changer et il faut en parler. C'est la vraie théologie. En parler, c'est étancher la soif que le monde ressent aujourd'hui. En un lieu où nous ne pouvons pas observer, nous goûtons une réalité nécessaire pour changer l'esprit collectif humain. Cela rétablit le sens commun de la réalité et de l'unité que nous avons tragiquement perdu.

Laurence Freeman OSB

 

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