Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Samedi de la 1re semaine de Carême – 12 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Samedi de la 1re semaine de Carême (2022-03-12)

Le long et profond processus de pardon doit commencer dès que le mal est fait. Ce n'est pas une question de volonté mais il faut s’y préparer. John Main a dit un jour que le but de l'éducation chrétienne est de préparer les jeunes à l'expérience de la trahison qu'ils rencontreront dans leur vie.

Au premier instant où nous voyons le mal qui nous est fait délibérément, nous sommes choqués et tristes. "En colère et triste", comme l'était Caïn lorsqu'il s’est senti maltraité par Dieu. Dieu lui a dit d'attendre et de maitriser ces sentiments. Sinon, la bête de la violence allait sortir de l'ombre et le submerger. Nous sommes tout d'abord en colère parce que tout acte d'injustice porte atteinte à l'équilibre délicat de l'univers. Les répercussions de notre indignation justifiée s'étendent loin et à travers les générations. C'est viscéral, avant de rationaliser et de blâmer. La bête elle-même est viscérale et profondément ancrée dans notre psyché. Vladimir Poutine se décrivait lui-même comme un voyou des rues, dans son enfance, qui avait appris que si l'on sentait qu'il allait y avoir une bagarre, il fallait donner le premier coup. Notre tendance à être submergé par la bête, tout comme une prédisposition à l'alcoolisme, est profondément ancrée dans la mémoire de nos cellules, avant même que ne se forme notre personnalité.

Nous pouvons nous y préparer. Comme de nombreux virus, cela peut rester en sommeil dans les relations humaines, mais on ne peut pas l’éradiquer. Notre indignation viscérale contre la violence injustifiée laisse le processus de pardon commencer immédiatement, même si nous résistons et nous défendons comme le font les Ukrainiens. Personne n'attend d'eux qu'ils disent combien les Russes sont sympathiques. Mais eux, comme nous dans des situations quotidiennes moins extrêmes, peuvent apprendre à ne pas transformer l'ennemi en un objet diabolisé. C'est pourquoi il est important que nous entendions et admirions les nombreux exemples d'opposition russe à cette guerre, qui sont brutalement punis et réprimés. Ils nous rappellent que, par peur pour soi-même ou parce qu'on a subi un lavage de cerveau, on peut obéir à des ordres inhumains. Et, horriblement, tout en nous détestant d’avoir été "conditionnés", nous pouvons commencer à y prendre plaisir. Aucun d'entre nous ne peut dire avec certitude que nous ne trouverions pas un moyen de justifier notre comportement si notre vie ou celle de notre famille était menacée.

De même, dans la vie quotidienne, lorsque quelqu'un nous trahit ou trahit notre confiance, nous devons nous souvenir des bonnes choses qu'il a faites dans le passé. Nous avons alors affaire à un être humain faible et peu fiable et non à un personnage maléfique d’un jeu vidéo de notre imagination que nous pouvons faire disparaître de l'écran. De nombreux jeunes conscrits russes tremblent, au bord de leur conscience, lorsqu'ils décident d'obéir et de se battre ou d'être punis pour servir d'exemple aux autres. Les tranchées de la Première Guerre mondiale en ont montré de nombreux exemples. La guerre propage l'injustice comme une pandémie en plein essor. Elle nous pollue tous.

Une fois que l'équilibre de l'univers a été rompu par un acte d'injustice, de nombreuses personnes innocentes et ordinaires sont contraintes de faire des choses contre leur conscience. L'injustice obscurcit notre vision morale. Mais le processus de pardon libère la clairvoyance, la sagesse et la compassion qui seules peuvent restaurer la clarté de la charité. Il n'y a pas de meilleur maître de cela que Jésus.

Laurence Freeman OSB 

Partager