Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Mercredi de la semaine sainte – 13 avril 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Mercredi de la semaine sainte (2022-04-13)

On a souvent expliqué la Croix comme le sacrifice qui rachetait à Dieu la faute du péché d'Adam, le péché originel. Dite comme ça, cette explication pourrait faire plus de mal que de bien et n'est certainement pas adaptée à notre époque. Elle est pourtant un bon point de départ. Mais avant d’y trouver un sens, nous devons faire quelques incursions dans la connaissance et l'acceptation de soi.

La Semaine sainte tire le rideau sur la nature humaine, la vôtre, la mienne et la nôtre en général. Elle nous révèle pécheurs. Le mot grec est "hamartia", qui signifie manquer la cible. Limités, faisant des erreurs, mortels, faibles et inachevés. Disons "pécheurs", à condition de se rappeler que le péché, comme le disait Mère Julienne, n'est pas désirable parce qu'il cause tant de souffrance, mais qu'il est néanmoins nécessaire.

Tout dépend si nous répondons au péché par une culpabilité ou une honte qui nous paralyse et qui ne fait que gonfler négativement l'ego : "Dieu ne pourra jamais me pardonner ou m'aimer". Cette négation de soi crée une force de négativité et il existe une solidarité du péché. Nous le voyons dans les alliances établies entre des régimes autoritaires inhumains. Il existe cependant une autre voie, celle de l'affirmation de soi par l'humilité, que l'on voit rayonner en Jésus, alors même qu'il est aspiré dans les rouages d'un système d’état tyrannique qui l'exécutera en révélant ses mécanismes internes. Son procès fut une alliance entre l'autoritarisme religieux et politique, reproduite d'innombrables fois depuis lors.

La solidarité du péché est une conscience faible et primaire. Mais il existe aussi, évidente dans son témoignage de la vérité, une solidarité de la grâce. La grâce traite le péché non pas en le punissant ou en exploitant la culpabilité : elle le dissout simplement. Nous pouvons imaginer par exemple ce que les disciples ont pu ressentir lorsqu'ils ont rencontré Jésus lors de l'expérience de la résurrection. Ils ont dû ressentir de la honte et de la culpabilité pour s'être enfuis, et peut-être de la colère contre lui pour les avoir déçus. Mais tout cela s'est entièrement et instantanément évaporé lorsqu'il souffla sur eux en leur disant "Paix". La grâce, et non le châtiment, brise le lien du karma.

Pour accéder à cette solidarité de la grâce, il nous suffit d'avoir l'humilité de nous connaître et de nous accepter. La conspiration du péché aggrave le mal. La grâce nous relie, même à nos ennemis. Cette unité étrange et inattendue, même avec l’étranger qu’est l’autre, c'est Dieu. Elle révèle que l'orientation essentielle de la nature humaine - même dans son état limité et pécheur - est tournée vers Dieu : le Dieu qui est infiniment désirable mais qui ne peut être connu que par l'expérience de la perte.

Cette semaine, Jésus manifeste cette orientation vers Dieu comme le fondement commun de l'humanité. Il nomme cette orientation universelle vers Dieu en appelant Dieu "père", "mon père". Mais il dit aussi "mon père et votre père" et la prière qui résume son enseignement commence par "notre père".

La communauté chrétienne n'est donc pas un club de croyants. C'est la communauté qui - malgré toutes ses fautes humaines - comprend ce que signifie être humain et ce qu'est Dieu. Jésus est mort pour notre péché d'ignorance.

Laurence Freeman OSB

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