Biographie de John Main

Extrait de la préface du livre "Un mot dans le silence, un mot pour méditer"

La dernière étape de la vie riche et remplie de John Main a été marquée par un épanouissement spirituel extraordinaire, non seulement pour lui-même, mais aussi pour beaucoup d’autres personnes. Pour bien comprendre le sens de ce que fut sa vie, il nous faut saisir l’unité de la démarche qui fut la sienne et qui l’a conduit vers des sommets au cours des dix dernières années de sa vie, période au cours de laquelle il fut un guide spirituel important pour un grand nombre d’hommes et de femmes intéressés à découvrir la dimension contemplative de leur foi. Le recul de l’Histoire nous le présentera comme l’agent d’une réforme importante de la vie monastique et religieuse, à cause de l’intérêt qu’il a accordé à la prière du cœur et à la nécessité qu’il a accordé à la prière du  cœur et à la nécessité de s’y engager de manière sérieuse et quotidienne, comme base de toute mission et de tout apostolat.

            L’ensemble de sa vie apparaît comme un cheminement vers cette dernière étape. Une série d’évènements, parfois sans liens apparents, l’ont amené progressivement à se faire moine. Issu d’une famille originaire du Kerry (Irlande), John Main pouvait voir l’Atlantique de sa maison, et les Skellig Rocks où les premiers moines celtes vécurent leur engagement héroïque et radical. Il regardait déjà vers l’Amérique où, fils spirituel de ces moines, il emporterait ce mélange unique de courtoisie toute bénédictine et d’intensité celtique qui fut sa marque. Après s’être engagé dans les Services de renseignements anglais pendant la guerre et après avoir étudié le droit au Trinity College de Dublin, il fit partie des Services coloniaux en Extrême-Orient. C’est dans un orphelinat, non loin de Kuala Lumpur, qu’il fit la connaissance du swami qui le guidera sur le chemin de la méditation. L’enseignement de cette forme de prière deviendra sa principale préoccupation et sera l’héritage qu’il léguera aux chrétiens de notre temps.

            Plus tard, John Main revient au Trinity College pour y enseigner le droit internationale et il est reçu au Barreau de Gray’s Inn. Par la suite, il devient moine à l’abbaye d’Ealing, début d’une aventure qui le conduira à Rome, puis à Washington, et qui le ramènera à Londres, où il deviendra maître des novices bénédictins anglais. C’est à cette époque qu’il fonde un centre de méditation à Londres, ce qui marque le commencement de la dernière partie de sa vie, sans doute la plus intense. En 1977, je l’accompagnai à l’archidiocèse de Montréal, où on l’avait invité à fonder un monastère consacré à la pratique et à l’enseignement de la méditation selon la méditation chrétienne. Ainsi naîtra le Prieuré bénédictin, situé sur le Mont Royal et surplombant la ville de Montréal, point de départ d’une expansion étonnante de l’enseignement de John Main à travers le monde.

            Le père John concevait la vie monastique comme un don de soi et une ouverture aux autres. Sa patience pouvait tout endurer, sauf le compromis et l’étroitesse d’esprit. La grande compassion et la grande assurance qu’il dégageait étaient implement l’expression de la liberté, de la joie et dette généreuse humanité qui découlaient de son engagement personnel radical. Jamais il n’aurait toléré une religion qui l’aurait empêché de devenir pleinement humain. Pas plus qu’il n’aurait laissé le sérieux de son engagement altérer son sen de l’humour! L’autorité et l’assurance avec lesquelles il communiquait le message qui lui avait été confié provenaient de cette harmonie entre sa vie et son enseignement. Il savait de quoi il parlait, et il parlait de ce qu’il connaissait d’expérience.

            J’ai eu le privilège de vivre avec lui un retour à l’essence même de la vie monastique, en participant à la fondation du monastère de Montréal. Cette nouvelle concentration des énergies favorisa, chez le père John, un épanouissement profond de son être, épanouissement qui rejoignait et transformait tous ceux et celles qui le rencontraient, ce qui, au cours de ses dernières années, donna naissance à une communauté originale d’oblats. Ces oblats et oblates, qui vivent un peu partout à travers le monde et qui s’engagent à suivre la « voie du mantra » telle qu’enseignée par le père John, partagent l’œuvre du monastère en faisant connaître cette tradition. Le père John voyait cette communauté comme une association plus que comme un mouvement – il avait tendance à se méfier des mouvements. Ses livres, notamment Letters From The Heart ainsi que celui-ci ( Un mot dans le silence, un mot pour méditer ), de même que ses cassettes, sont plus une incitation à la prière que des propos sur la prière, ainsi que le faisait récemment remarquer un chroniqueur du journal The Tablet. Cela reflète bien son enseignement : il ne s’agit pas de penser à Dieu, ni de parler de Dieu, ni même de l’imaginer, mais plutôt d’entrer de manière intense et personnelle dans le mystère même de Dieu.

            Il est plus facile de décrire l’œuvre du père John Main que sa personnalité. Pourtant, il n’est pas possible de connaître l’œuvre sans en connaître l’auteur. Connaître le père John signifiait plus que de côtoyer « un grand esprit ». D’ailleurs, la « grandeur » ne l’intéressait pas. Maintenant qu’il est mort, il ne pourra sans doute plus se soustraire à ce qualificatif. Donc, connaître cet homme, c’était entrer en contace avec le mystère fascinant d’une humanité intensément épanouie qui continue désormais de se déployer dans le Royaume qu’il a voulu servir. Il avait l’habitude de dire a ceux qui voulaient entrer au monastère qu’on devient moine parce qu’on sent qu’il le faut et non parce qu’on a choisi de le devenir. Mais quand je lui demandai, un jour, pourquoi lui-même était devenu moine, il me répondit que c’était parce qu’il voulait apprendre à devenir pleinement libre. John Main ne reculait jamais devant ce qu’il savait être son devoir et c’était là la source de sa profone sérénité en même temps que de son génie créateur. Ce fut son enseignement, et il atteindra son point culminant dans la façon dont il affrontera et traversera la mort. « Nous n’avons rien à perdre, écrivait-ildans une de ses lettres, sinon nos limites. » Ce qu’il nous a appris, c’est à vivre intensément le moment présent. »Et c’est bien ainsi que se poursuit, pour lui, le travail qu’il avait commencé : son moment présent s’est étendu au-delà du monde visible pour entrer dans l’ « éternel présent » de Dieu.

            Avant sa mort, le père John cheminait vers le silence de la vie d’ermite. Dans ce silence où il est finalement entré, les paroles qui restent de lui revêtent une puissance d’interpellation encore plus forte.

Laurence Freeman, o.s.b.,

successeur de John Main, o.s.b.

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