Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Menu

BIOGRAPHIE  DE  JOHN MAIN  o.s.b.  (1926-1982) – par Michel Boyer o.f.m.

Loading

   

Pour voir ce texte en PDF: CLIQUER ICI

   

BIOGRAPHIE  DE  JOHN MAIN  o.s.b.  (1926-1982)

Un témoin du renouveau de la prière contemplative au XXe siècle.

         

Nous vivons dans un monde marqué facilement par l’agitation, la recherche de la consommation, la dépendance au numérique. Tout cela laisse souvent le sentiment du vide intérieur. Des personnes, toutefois, sont désireuses d’un bonheur qui dépasse les slogans et les modes passagères. À nouveau, ces personnes se mettent à la recherche de l’essentiel. Elles se montrent désireuses d’une démarche spirituelle qui puisse donner une saveur nouvelle à leur vie.

Le Père John Main a su détecter cette aspiration profonde et proposer un chemin intérieur. Il a contribué ainsi au renouveau de la prière contemplative en plein XXe siècle, non plus réservée cette fois aux moines et moniales, mais à toute personne désireuse d’entreprendre le pèlerinage intérieur. John Main souhaitait créer ainsi un monastère hors les murs !

Plus de 40 ans après son décès, l’enseignement du Père John Main demeure une source d’inspiration. Des personnes y trouvent un élan nouveau dans leur recherche spirituelle.

L’invitation est offerte maintenant de découvrir un peu le parcours spirituel de cet homme, devenu moine à 33 ans. Les événements, qui marquent ce parcours de vie. nous aident à comprendre son enseignement et le rayonnement que celui-ci continue de connaître.

 

BIOGRAPHIE

 

1926 (21 janvier) naissance de John (Douglas, Victor) Main, fils de David Patrick Main et de Eileen Hurley, 4e de 6 enfants. Famille tissée serrée, catholique, mais avec une belle ouverture. Un lien très fort l’unit à sa mère, qu’il appelle affectueusement : la douce persuasive.

1943 (décembre) cours d’opérateur d’ondes courtes. Il s’enrôle dans le Royal Corps of Signals. Pendant une bonne partie de 1944, il est stationné en Angleterre, puis en Belgique. Fin du service militaire à l’été 1946. Dans sa présentation du mantra, et son rôle pour apaiser le mental turbulent, il fera référence à son expérience d’opérateur d’ondes courtes !

1946 (été) À Dublin, Irlande, entrée chez les Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, connus dès 1942. Études de philosophie et de théologie à Rome. Il quitte précipitamment cette communauté à l’été 1949, en réaction au climat antiféministe du milieu romain. Toute sa vie, il aura une relation saine avec les femmes !

1950-1954

De retour en Irlande, il entreprend des études de droit au Protestant Trinity College.

Dès 1954, John Main participe avec régularité à l’eucharistie. Voici ce que dit de lui, son ami John Farrell : John parle avec abondance de la prière et de la vie spirituelle. Son attitude envers la foi différait de l’enseignement reçu.

Printemps ’54 à l’été ’56, John Main fait des démarches pour s’engager dans le British Colonial Service, un service diplomatique à l’étranger. Cette décision surprend ses amis. Sa décision serait motivée par le goût de l’aventure. Mais, à la fin de ses études de droit, il avait besoin d’argent. Il va donc à l’étranger, pour une période de 18 mois.

 

SÉJOUR À L’ÉTRANGER : UNE RENCONTRE FÉCONDE

 

1955 Il part pour la Malaisie, assigné à la capitale Kuala Lumpur. Il y arrive le 2 février ’55. Pendant son séjour, une rencontre marquante survint avec le swami Satyananda (1909-1961). Il était simplement question d’une rencontre de courtoisie. Pendant les 18 mois de sa présence en Malaisie, John Main va méditer avec le swami chaque semaine. Il y fait donc une expérience significative de la méditation. Vivement impressionné, il demanda au swami de lui apprendre à méditer : Pour méditer, tu dois devenir silencieux. Nous utilisons un mot que nous appelons mantra. Pour méditer, choisis un mot, répète-le fidèlement avec amour, et de façon continue.

Le swami Satyananda a reçu son éducation première dans une institution catholique en Malaisie. Jeune homme, il part pour l’Inde et se fait moine hindou. Il y fera une étude comparative des religions et autres disciplines de l’Orient. En 1950, il revient en Malaisie directeur d’une école-orphelinat et d’un centre spirituel, qui sera appelé la PURE LIFE SOCIETY. C’est donc un homme cultivé et spirituel, jouissant d’une estime dans le milieu de la capitale KUALA LUMPUR. John Main se rendit à l’évidence qu’il était en présence d’un saint homme, d’un enseignant, d’un homme habité de l’Esprit au service des autres.

De son expérience en Malaisie, s’explique chez John Main son ouverture à l’Orient, et son enseignement offert à toute personne désireuse de s’initier à la méditation, quelle que soit sa croyance du départ.

À l’été ’56, départ de la Malaisie, après avoir refusé une promotion à Hong Kong. Retour à Dublin (Irlande), pour un poste de professeur de droit international au Trinity College, là où il avait étudié. Il continue de pratiquer assidument la méditation. Main écrit à ce sujet : J’étais de plus en plus attiré par la méditation. Ces moments du matin et du soir devinrent l’axe sur lequel j’organisais ma vie. Ces moments de méditation quotidienne m’apportent beaucoup de joie et d’enthousiasme.

1957 John Main rétablit une relation avec  DIANA ERNAELSTEEN, connue à Londres pendant la guerre, alors qu’elle était étudiante en médecine. On entrevoit un projet de mariage, mais il ne va pas se réaliser. Ensemble, dans le silence d’une église catholique, Diana a le sentiment que ce projet n’est pas pour eux deux. Dieu a un autre projet pour John Main. Jusqu’à la mort de John Main, en 1982, une relation d’amitié va se maintenir entre John et Diana.

1958 (septembre) Événement marquant dans la quête spirituelle de John Main : son neveu David, seulement 11 ans, meurt d’un cancer au cerveau. Période de questionnement sur le sens de sa vie. Il écrit : Cela m’a amené à faire le bilan de ma vie. J’ai donc pris la décision de baser ma vie sur la méditation et, pour y parvenir, de devenir moine.

 

UNE NOUVELLE ÉTAPE : SA VIE PREND UN TOURNANT

 

1959 (septembre) À l’âge de 33 ans, laissant de côté une carrière prometteuse de professeur de droit, John Main entre chez les Bénédictins à l’Abbaye de Ealing, en banlieue de Londres. Étant donné la méfiance envers les pratiques d’Orient, le maître des novices lui demande de méditer avec des mots, des pensées, qu’on appelle méditation discursive, et de laisser ainsi de côté sa manière de méditer ces dernières années.

John Main écrit : Les années qui ont suivi ont été très pauvres en développement spirituel. Au cours de cette période, que je qualifierais de période de régression, tout semblait m’empêcher de revenir à une vie de prière plus stimulante. Ordination sacerdotale le 10 décembre 1963, après des études théologiques à Rome au Collège Saint Anselme.  À partir de 1964, John Main a une charge d’enseignant, puis assistant directeur du collège bénédictin à Londres, jusqu’à la fin des années ’60.

 

 PÉRIODE  D’EXIL  (septembre ’69 à septembre ’74)

 

John Main se retrouve aux États-Unis à Washington et occupe le poste de direction d’un collège privé pour garçons, le collège Saint-Anselme sous la responsabilité des Bénédictins. Mais au début, il se trouve à Washington pour des études doctorales. Il abandonne rapidement par manque d’intérêt.

Choc d’une rencontre avec un jeune adulte qui rentre d’un stage en Inde, désireux de trouver en christianisme une forme de méditation expérimentée en Orient. John Main lui suggère la lecture du livre MYSTICSM d’AUGUSTINE BAKER, un classique du XVIIIe siècle sur la prière contemplative. À la grande surprise de Main, ce jeune homme lui revient rapidement, impressionné par la lecture recommandée. John Main se remet à son tour à la lecture de cet ouvrage. Pendant une période de 6 mois, avant son retour en Angleterre, il va méditer avec le jeune homme, selon la manière qu’il avait apprise avec le swami Satyananda en Malaisie.

La lecture de Baker le mène aux CONFÉRENCES de Jean Cassien (365-435) , qui a vécu 12 ans avec les moines du désert d’Égypte. En sa 10e Conférence, Cassien traite de la prière avec la pauvreté d’un seul verset. Main retrouve alors, dans la tradition chrétienne, la forme de méditation pratiquée avant son entrée chez les Bénédictins : Continuez à répéter ce verset jusqu’à ce qu’il chasse toute pensée de votre esprit. Main se met donc à méditer avec un seul mot-prière, se sachant maintenant ancré dans la tradition chrétienne, ce qui lui fera dire des années plus tard : La pratique de la méditation discursive, pendant plusieurs années, fait partie de la période la moins féconde de ma vie au plan spirituel.

 

RETOUR EN ANGLETERRE

 

Septembre 1974, John Main rentre en Angleterre, à son monastère d’Ealing, et il y restera jusqu’à son départ pour Montréal en septembre 1977. Dès son retour en Angleterre, Main s’emploie rapidement à créer une petite communauté de vie formée de jeunes laïcs occupant ainsi un bâtiment du monastère. D’autres personnes demandèrent d’être initiées à la méditation. Rapidement, 9 groupes se formèrent, avec des participants de 9 à 30 personnes, se réunissant chaque semaine. En juillet 1975, Main manquera de peu d’être élu père Abbé du monastère d’Ealing. On lui confiera plutôt la responsabilité de maître des novices, le jeune Laurence Freeman étant le seul novice. Le projet d’une nouvelle fondation de communauté plus contemplative, vouée à la pratique et à l’enseignement de la méditation, s’affirma de plus en plus en lui.

 

VERS UNE NOUVELLE FONDATION  (1976 – 1982)

 

Grâce à un ami commun, John Main établit contact avec Mgr Leonard Crowley, évêque auxiliaire de Montréal pour la communauté anglophone. Ce dernier était désireux d’établir à Montréal une communauté contemplative, particulièrement pour le monde anglophone. Alors qu’il est en route pour l’Abbaye cistercienne de Gethsemani au Kentucky, pour prêcher une retraite, Main fait donc un arrêt à Montréal, le 23 octobre, pour échanger un moment avec Mgr Crowley.

 Ce dernier manifesta un intérêt pour le projet qui habitait le cœur de John Main. Une deuxième rencontre entre les deux hommes se fera le 26 novembre, avant le retour de Main en Angleterre. Paul Harris écrit dans la Vie et l’enseignement de John Main : Ce qu’il apprit pendant son séjour au monastère de Gethsemani, c’est qu’il devait suivre l’exemple de Thomas Merton dans l’enseignement de la prière contemplative, et cela aussi longtemps qu’il vivrait.  John Main le mentionne lui-même à une amie, Rosamund Lovat, dans une lettre du 13 novembre 1976. Le projet d’une implantation à Montréal connut un refus de la part de la communauté d’Ealing. Mgr Crowley fit pression et finalement la communauté donna son accord, mais autorisa un seul autre frère, c’est-à-dire le jeune Laurence Freeman, encore à l’étape de l’engagement temporaire dans la vie monastique, à accompagner John Main.

 

IMPLANTATION À MONTRÉAL

 

C’est le 28 septembre 1977 que les bénédictins John Main et Laurence Freeman arrivent à Montréal, hébergés jusqu’au début de décembre à la paroisse Ascension of the Lord (Westmount). La famille Décarie va mettre à leur disposition une maison au 3761, rue de Vendôme, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâces. Le 6 décembre, ils peuvent alors s’installer dans cette maison. Dès les premiers mois de 1978, une communauté laïque, formée de 3 hommes et de 2 femmes, aura pignon sur rue en proximité, dans le même quartier.

Dès le début de 1979, le prieuré de Montréal ne va plus relever de l’abbaye d’Ealing en Angleterre, mais du Mount Saviour Monastery, Elmira, État de New-York. Laurence Freeman fera le 9 octobre son engagement définitif dans la vie monastique, en l’absence de John Main, qui subit une intervention pour un cancer à l’intestin, puis ce sera le diaconat de Laurence, le 9 décembre. Il sera ordonné prêtre en juin 1980, dans la chapelle du couvent de la Congrégation de Notre-Dame, à Montréal.

1979 au cours de cette année, recherche active en vue d’un nouvel emplacement, avec la venue de candidats à la vie bénédictine. Autorisation par Rome de commencer l’étape du noviciat. Période intensive d’enseignement pour John Main.

1980 La famille McConnell fait don de sa propriété, véritable manoir, au centre-ville de Montréal, à flanc de montagne, au 1475, avenue des Pins ouest. Cette maison comptait 18 chambres, ainsi que deux salles de bonne dimension, pour les sessions de méditation. Le déménagement du Prieuré s’effectue au début d’octobre 1980.

 

JOHN MAIN VA EFFECTUER LE GRAND PASSAGE

 

À peine deux ans après leur arrivée à Montréal, des ennuis de santé importants se manifestent pour John Main. En octobre 1979, une convalescence va suivre pendant quelques semaines, suite à une opération à l’intestin. Au début de 1982, des douleurs au dos se font inquiétantes. On diagnostique un cancer avancé des poumons. Traitements de chimiothérapie et de radiothérapie seront prodigués à John Main. Au début de l’automne, son état s’aggravant, on fait appel aux bons soins du Docteur Balfour Mount, un pionnier des soins palliatifs, en service à l’hôpital Royal Victoria.

À la fin septembre de 1982, il y aura la rencontre des oblats bénédictins pour souligner le 5e anniversaire de fondation du Prieuré. Le 6 octobre, dans le cadre de la Conférence internationale de soins palliatifs,  John Main aura la force de donner une conférence à plus de 2 000 délégués : La mort, le voyage intérieur. John Main va maintenir ses entretiens hebdomadaires jusqu’au 18 novembre. Après quoi, il rédige sa dernière lettre circulaire et l’introduction à Moment of Christ (Le chemin de la méditation).

 Le 30 décembre, John Main décède le matin, entouré de quelques personnes qui lui étaient proches et qu’il avait guidées dans le pèlerinage intérieur. On fit l’enterrement le 3 janvier 1983, au cimetière du Mount Saviour Monasterey, Elmira, New-York. Une messe commémorative fut célébrée le 15 janvier, présidée par Mgr Crowley, qui avait accueilli John Main et Laurence Freeman, en septembre 1977.

Depuis le décès du Père John Main, le Père Laurence Freeman, son disciple de la première heure, poursuit l’œuvre commencée. Sous son impulsion, la semence jetée en terre avant lui a produit un grand arbre. Un vaste réseau de groupes de méditation constitue une véritable communauté mondiale de la méditation chrétienne créée en 1991. Elle continue de puiser son inspiration dans l’enseignement du Père John Main, ce maître spirituel.

 

CONCLUSION

 

Le bénédictin John Main a exercé un rôle de prophète nous rappelant qu’être avec Dieu ne demande pas des mots, des paroles ou des discours, mais la conscience silencieuse d’une Présence.

Le plus beau cadeau que le bénédictin John Main nous ait fait, à nous qui peinons pour prier en ce XXIe siècle, c’est son aptitude à expliquer comment méditer. Pour lui, la chose la plus importante à connaître sur la méditation, c’est de savoir comment méditer.

Dans un monde où un bon nombre de personnes, particulièrement parmi les jeunes générations, est en recherche de sens pour leur vie, et d’un ancrage qui leur donnent de tenir bon au cœur des turbulences, l’enseignement, comme la pratique de la méditation chrétienne, apparaît un défi, et malgré tout une urgence.

John Main nous a légué un héritage. Encore faut-il nous engager à le rendre vivant pour aujourd’hui !

 

*******************************************************************************************

Document rédigé par le père Michel Boyer o.f.m., accompagnateur spirituel à MCQRFC, novembre 2026, à l’occasion du 100e anniversaire de naissance du père John Main, o.s.b.

*******************************************************************************************

Pour voir ce texte en PDF: CLIQUER ICI

 

Partager