Réflexions de Laurence Freeman pour chaque jour du carême

Réflexions pour le Carême 2021

Lundi de la deuxième semaine de Carême (2021-03-01)

 

(Évangile : Lc 6, 36-38. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux

Dans le dernier discours prononcé par Martin Luther King avant son assassinat, il déclara : « Je ne veux que faire la volonté de Dieu. Il m’a permis d’aller sur la montagne. Et j’ai vu la Terre promise. Je suis si heureux ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je n’ai peur de personne. » MLK était imprégné du grand mythe fondateur de la Bible, l’Exode. Comme pour tous les grands maîtres de la tradition chrétienne, le langage et l’imagerie de la Bible avaient pénétré sa pensée et sa façon de s’exprimer, et même de se connaître. Quelle était la Terre promise qu’il avait vue et vers laquelle, pendant notre Carême, nous marchons en vivant intérieurement le sens de l’Exode ? Pouvons-nous la reconnaître comme le but qui nous fait poursuivre ?

Moïse a vu cette Terre de loin mais n’y est jamais entré. L’histoire biblique dit que c’est parce qu’il a douté de Dieu à un moment donné de son parcours, ce qui semble un peu dur étant donné tout ce qu’il a dû supporter. Je préfère y voir un indicateur de ce que signifie la Terre promise : non pas un lieu, une destination ou l’accomplissement d’un projet, mais plutôt le parcours lui-même.

À l’époque axiale (du 8e au 3e siècle avant Jésus-Christ), l’époque du grand réveil des Upanishads, du Bouddha, de Platon, des prophètes hébreux, l’humanité a commencé à se considérer comme ayant un destin, un accomplissement au-delà des cycles de la nature et de sa propre survie. Ce fut le grand plongeon vers l’intérieur. Moksha, Nirvana, Terre Pure, Paradis, Janna sont des expressions différentes de cette découverte et du nouvel espoir qu’elle a suscité quant au but de la vie. Cependant, il faut le dire, ce fut aussi très perturbant et, comme toutes les grandes lumières, cela jeta une ombre immense. « Et si je n’arrive pas à aller au ciel ? Et si je tombe dans les souffrances éternelles de l’autre lieu ? » D’une certaine manière, ce fut une seconde perte de l’innocence, une autre chute qui devait précéder un grand bond en avant.

Dans l’enseignement de Jésus, le Royaume des Cieux ne se réduit pas explicitement à un lieu ou à une utopie terrestre. « On ne dira pas : « Voilà, il est ici ! » ou bien : « Il est là ! » » Sans une conscience contemplative, la religion persiste à penser en termes de récompense et de punition. Mais Grégoire de Nysse, en général bien représentatif de la vision mystique, y voit comme un devenir sans fin, une participation toujours plus complète à la nature de Dieu qui est infiniment simple. C’est sa grande contribution à la vision chrétienne. Il y a des degrés infinis de ciel, un nombre infini de chambres dans l’Hôtel du Paradis. La perfection, comme la beauté, la vérité et la bonté, n’a pas de fin.

John Main disait de la méditation que la chose importante à savoir est simplement que nous sommes « en route ». Se demander « où suis-je, combien de temps cela va prendre, y suis-je déjà… », c’est passer à côté de la grande vérité que le Royaume est en nous et parmi nous (« à portée de main » disait Jésus). Quels en sont les indicateurs ? Nous en examinerons quelques-uns demain. Mais l’évangile d’aujourd’hui souligne l’essentiel : que nous devenons semblables à Dieu tout au long de notre vie par notre miséricorde et notre amour pour les autres, et que cela se reflète par moins de jugements et de conflits. La Terre promise est à portée de main.

Laurence

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