Réflexions au sujet du mot de prière

Échos du silence, vol 26 no. 1, 2018

L’enseignement du bénédictin John Main attire notre attention sur deux aspects de la pratique méditative : le choix du mot de prière et sa reprise constante au cours de la période de méditation.

Dans son livre-maître Un mot dans le silence, un mot pour méditer, de même que dans ses autres écrits, John Main recommande, particulièrement aux personnes débutantes, le mot MARANATHA, de la langue araméenne, du temps de Jésus : « Viens, Seigneur ». À son avis, il est possible de prendre un autre mot, comme Jésus, Abba ou Kyrie Eleison. Mais sa préférence va plutôt à MARANATHA. Une chose est claire pour John Main : il faut éviter de  changer trop rapidement ou constamment son mot de prière.

Il arrive que certaines personnes ressentent une certaine hésitation, ou malaise même, avec le choix du mot de prière recommandé. Étant d’une langue étrangère, ce mot ne nous est pas familier. Aux personnes qui hésitent, je suggère fortement de prendre MARANATHA pendant quelques semaines. Attention de prendre une décision trop précipitée! Puis, après avoir prié, avoir recours à un autre mot de prière. Il est important de retenir qu’avec le temps et une pratique assidue, notre mot de prière s’intériorise, faisant partie de nous. Sur le chemin de la méditation, le mot de prière devient notre bâton de pèlerin.

Pourquoi donc cette préférence de John Main pour le mot de prière MARANATHA ? Il voit dans ce mot, à même notre tradition chrétienne, une richesse particulière, un héritage qui remonte aux temps apostoliques. Il perçoit donc dans ce mot tout un vécu de foi! De fait, il se retrouve parmi les plus anciennes prières chrétiennes, avec le Notre Père. De plus, ce mot MARANATHA est la dernière prière qui conclut le Nouveau Testament (Apo 22, 20). Par ailleurs, pour John Main, comme ce mot fait partie d’une langue étrangère, il donne moins de prise aux idées, à l’analyse, ou encore à l’imagination. D’expérience, nous savons ce qu’il en coûte de pacifier notre esprit indiscipliné pour nous habiliter à la simple présence ! Il s’agit donc de revenir à notre mot patiemment, fidèlement. C’est l’expression de notre désir de devenir davantage présent à ce Dieu d’amour qui habite au centre de notre être.

Abordons maintenant un autre point essentiel dans l’enseignement du bénédictin John Main : la reprise fidèle, constante, de notre mot de prière pendant toute la période de la méditation. Retenons que pour ce dernier, il n’est pas question de concentration, dans la reprise du mot de prière, mais plutôt d’une attention aimante. Cela fait appel à une totale simplicité ! À la suite de l’auteur du Nuage de l’Inconnaissance, Main insiste sur la simple reprise du mot de prière, au milieu des pensées et distractions de toutes sortes qui surgissent et qui cherchent à capter notre attention. Et John Main de nous rappeler que « plus nous méditons, plus nous découvrons une certaine facilité à reprendre notre mot de prière pendant toute la période de la méditation. »

Pourquoi donc cette insistance de la part de John Main à s’en tenir à dire notre mot de prière pendant toute la période de la méditation ? Il faut dire qu’il fait preuve de réalisme qui tient de l’expérience ! Tout simplement de l’abondance des pensées, désirs, soucis qui se manifestent au cours de la période de méditation. Trop souvent, nous voulons suivre nos pensées, nos intuitions. Or, nous devons apprendre à tout quitter, à chercher l’Esprit qui habite notre cœur.

Il y a encore un autre aspect qui met en relief l’importance de la reprise de notre mot de prière : vivre le plus possible le détachement de soi. C’est là notre manière de vivre la première des Béatitudes proclamée par Jésus : « Heureux les pauvres de cœur. » Il s’agit donc, par la reprise de notre mot de prière, de se tourner tout entier vers Dieu, s’affranchir de toute centration sur soi, de l’ego qui, subtilement, cherche valorisation et à garder son emprise. Au cours de la méditation, il nous arrive d’éprouver un sentiment de bien-être, de paix. La tentation est grande de s’y établir, avec la naïveté de se croire arrivé ! Dès le 4e siècle, le moine Jean Cassien a identifié ce risque ; il parle de la paix pernicieuse.

Concluons avec les mots mêmes de John Main : « Quand nous méditons, nous recevons chacun, selon sa capacité du moment, le don de Jésus. Cela demande de notre part la même générosité que celle de Dieu qui nous donne tout.  C’est pourquoi nous devons réciter notre mot de prière avec la plus grande attention et le plus grand amour possible.»

Michel Boyer
A propos Michel Boyer 4 Articles
Michel Boyer est Franciscain et guide spirituel de la communauté francophone de méditation chrétienne au Canada. Il fut coordonnateur de l'organisme pendant de nombreuses années.

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