Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

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Deuxième dimanche de l’Avent 2022

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Deuxième dimanche de l'Avent 2022 (4 décembre)

L'un de mes saints préférés est le Père Maximos "le brûleur de huttes", saint homme de Dieu. Il n'était pas, comme on pourrait le croire, un pyromane mystique, puisqu'il ne brûlait que ses propres huttes, qu'il avait également construites, lorsqu'il déménageait dans un autre lieu. Comme beaucoup de contemplatifs qui recherchent la stabilité dans l'immobilité de Dieu, il a beaucoup bougé. Je soupçonne cependant qu'il aimait le feu, car il lui vient souvent à l'esprit comme une métaphore décrivant sa très profonde et joyeuse prière du cœur. Il compare l'esprit de l’homme, lorsqu'il se sent indépendant de Dieu, à un morceau de cire dure qui pense que "tout est solidement en son pouvoir". Lorsque la cire rencontre le feu, elle fond et perd son illusion de contrôle : ainsi l'homme, submergé par le "feu de la divinité", s'adoucit et devient fluide lorsqu'il est enflammé par l'Esprit Saint.

Jean Baptiste, dans l'évangile d'aujourd'hui, était un personnage ardent. Lorsque les hypocrites et les bavards s’en furent le voir au désert, il dit ce qu'il pensait d'eux. Il indiqua un autre aspect du feu, qui brûle tout arbre qui ne produit pas de bons fruits. Il est difficile d'accepter que certaines parties de nous-mêmes doivent mourir. Mais une fois que le feu a fait son œuvre destructrice et qu'il brûle encore, nous le percevons différemment : il nous baptise "dans l'Esprit Saint et le feu". Le Baptiste prêchait un baptême de repentance avec de l'eau. Le Christ utilise des outils plus puissants. Une fois initiés, nous devons persévérer dans le renouveau moral et avoir le courage de l'action éthique. Une fois que sont brûlées les huttes que nous avons construites, nous pouvons être fondus dans le feu de l'amour.

Cette semaine, j'ai participé à une conversation où la question était de savoir si nous devions sauter dans le train de la colère qui offre la brève sécurité du politiquement correct ou nous en tenir à ce qui nous semblait être la réponse la plus juste. Ces moments de conscience étaient peut-être plus faciles pour un Baptiste qui, comme on l’imagine, ne dépendait pas de l'approbation des autres, ou pour un père Maximos qui n'avait qu'à brûler sa hutte pour aller ailleurs. Il s’agit toujours de choisir entre appartenir à une communauté ou à la foule. La solidarité que nous ressentons lorsque nous suivons notre conscience, surmontant ainsi la peur du rejet, est plus profonde et plus durable que la fausse unité que nous ressentons dans l'énergie d'une foule.

Le Baptiste et le Père Maximos se tournèrent vers Jésus et sa communauté vulnérable plutôt que vers la foule. Ils virent le feu de l'amour qui brûle dans le cœur plutôt que le feu de la haine qui peut faire rage dans nos tripes. La "prière continue" que recherchaient les chrétiens du désert est le feu du buisson ardent qui prend au cœur. Ils enseignaient la "prière de l’attention, c'est-à-dire sans pensée" par la récitation fidèle d'un seul mot ou d'une seule phrase sacrée. Cette voie - qui doit être accompagnée d’une diminution des distractions et d’un engagement au silence - conduit par étapes à ne faire qu'un avec Dieu.

Ils insistaient sur le fait que cela ne concernait pas seulement les moines du désert, mais tous ceux qui travaillent dans le monde et s'appliquent à réduire leur degré de distractions et apprendre à aimer le silence autant qu'ils le peuvent. Ils racontaient l'histoire d'un haut fonctionnaire impérial, appelé Constantin le Merveilleux, qui fut un exemple brillant de présence contemplative. Parfois cependant, il oubliait ce que l'empereur lui avait dit de faire et était critiqué pour cela par d'autres membres de la cour. L'empereur le défendait en disant qu'il était vrai que parfois la prière de Constantin "ne lui permettait pas d'écouter nos paroles sur les affaires vaines et temporaires", mais que c'était parce que "toute son attention était fixée en Dieu". Il garda son poste. Peut-être que le brûleur de huttes et le fonctionnaire parfois oublieux peuvent être nos maîtres pour la deuxième semaine de l'Avent.

Laurence Freeman, OSB

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