Méditation chrétienne du Québec et
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Carême 2024 – Samedi de la troisième semaine de Carême – 9 mars 2024

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Réflexions quotidiennes du Carême 2024 :

Samedi de la troisième semaine de Carême (9 mars 2024)

Si nous avons maintenu ouverte pendant ce Carême la fréquence du désert, nous avons probablement reçu d'étranges notifications indiquant que nous avons été involontairement absorbés par la mentalité matérialiste de notre culture. Cela m’est arrivé récemment en écoutant l’actualité financière et en entendant des références à des chiffres « sans travail » ou « à la recherche d’un travail ». Nous utilisons le mot travail pour désigner uniquement le travail rémunéré dans lequel nous vendons notre temps, notre cerveau ou nos muscles pour survivre. L'expression « le nombre de chômeurs » suggère la dépersonnalisation du travail qui a eu lieu, le réduisant à une transaction mercenaire, plutôt que de dire « le nombre de personnes qui ne sont pas capables de travailler et se sentent sans utilité ni valeur » ... Mais même pour ceux qui sont « au travail », leur travail peut ne pas parvenir à les relier à la vie de la société et au sentiment de mystère issu du processus d'évolution plus vaste que nous traversons tous.

Le travail est un droit primordial pour l'être humain. Il est une part essentielle de notre parcours vers la dignité de l’existence humaine en nous faisant co-créateurs avec Dieu. Lorsque nous savons cela, nous prenons conscience qu'à travers notre travail, nous ferons l'expérience de la beauté. Beaucoup trouveraient que c’est une idée désuète et dénuée de sens. La grande majorité n’a pas le temps de trouver de la beauté dans le travail moderne. Si vous travaillez aujourd’hui (comme la plupart) dans le commerce de détail, les secteurs des services ou de la technologie, il se peut bien que vous trouviez votre travail épuisant, ennuyeux, voire horrible : de longues heures de travail, souvent pour un salaire minimum et avec l'obligation de travailler six jours par semaine pour subvenir aux besoins de la famille. Cependant, pour ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide, qui travaillent généralement avec moins d’angoisse existentielle et beaucoup plus d’avantages et de privilèges, leur travail peut encore secrètement être une source de honte intérieure lorsqu’ils admettent que le pouvoir qu’ils exercent soutient un système qu'ils savent injuste et inhumain.

Simone Weil, dans son grand ouvrage L’Enracinement, écrit que « notre époque a la mission unique d’appeler à la création d’une civilisation basée sur la spiritualité du travail ». Le sens, et non l'argent, est la valeur essentielle qui donne au travail la capacité de valoriser notre humanité, de la réparer et de révéler sa dignité, et cela conduit à des relations sur lesquelles se fondent un comportement et une perception civilisés.

La prochaine fois que vous entendrez le mot travail utilisé dans une conversation ordinaire – elle est au travail, il travaille à s’en rendre malade, je ferais mieux de retourner au travail – écoutez ce que le mot évoque pour vous dans la manière dont il est prononcé. Que pensez-vous de votre travail ?

Les tests montrent que notre esprit vagabonde pendant environ la moitié du temps où nous sommes éveillés. Nous accordons rarement toute notre attention au travail que nous faisons ou à la personne avec qui nous sommes. Nous disséquons le passé immédiat ou nous nous précipitons vers ce qui suit. Pour que le travail puisse retrouver sa dignité et sa spiritualité à grande échelle, une action publique conduisant à un changement de conscience collective sera nécessaire. Mais le moyen sûr et immédiat de redonner au travail sa dignité vivifiante et créatrice dans notre propre vie est d'agir directement sur notre manque d'attention, notre distraction. La Bhagavad Gita, comme Le Nuage de l'Inconnaissance, parlent de cela comme de l'œuvre du silence :

« Celui qui, dans son travail, trouve le silence et voit que le silence est un travail, voit en vérité la Lumière et trouve la paix dans toutes ses œuvres. » (BG 4,18)

Laurence Freeman, o.s.b.

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