Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Vendredi saint – 15 avril 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Vendredi saint (2022-04-15)

Les chrétiens ont depuis longtemps lié l'Eucharistie à la Croix : le Jeudi saint, où nous célébrons la dernière Cène, et le Vendredi saint, où le thème du renoncement atteint son plus haut degré dans la mort de Jésus. Si nous relions l'Eucharistie et la Croix à l'expérience de la méditation, nous pouvons comprendre pourquoi elles apportent toutes deux la guérison à la condition humaine, pourquoi la Semaine sainte est considérée comme « le point culminant de l’histoire du salut ».

L'Eucharistie signifie action de grâce et nous montre que la gratitude est notre vraie nature, qu'elle naît de la joie d'être plutôt que de la satisfaction d'avoir. Notre habitude de toujours nous plaindre intérieurement et de nous tourner vers ce qui nous manque est en suspens. Nous découvrons que le bonheur vient de la gratitude plutôt que la gratitude, du bonheur. De même, nous pouvons nous asseoir pour méditer, pris dans la colère, le mécontentement et la plainte. Nous commençons à creuser à travers ces couches qui peuvent avoir plusieurs années d'épaisseur. Mais nous décidons de dire notre mantra, rien d'autre, à travers les vagues de négativité ou les envolées imaginaires. Nous renonçons à ce passé, le laissons mourir et la source de la joie coule à nouveau.

Ce renoncement volontaire conduit à la pauvreté d'esprit, à l'acceptation de soi et à l'humilité dont nous avons besoin pour aimer Dieu avec le même amour que celui dont Il nous aime. La méditation nous montre rapidement que nous ne tombons pas amoureux de Dieu. C'est un fantasme. Nous tombons dans l'amour de Dieu. La méditation et l'Eucharistie sont des guérisons qui se complètent. Comment une personne qui se sent guérie ne pourrait-elle pas se sentir reconnaissante ?

L'Eucharistie a toujours été considérée comme une médecine pour toute la personne. En la célébrant, nous ressentons les soins et l'attention du médecin divin qui agit au sein d'une communauté unie dans la koinonia. La confiance en un guérisseur fait que la guérison se produit par le biais de la relation. Pourtant, sans le renoncement que Jésus a accepté sur la Croix, Il ne serait pas présent dans l'Eucharistie ou dans le silence de notre cœur pendant la méditation. Il ne serait pas disponible pour une relation illimitée rendue possible par le don permanent de son Esprit.

Aujourd'hui, les chrétiens vénèrent la Croix partout dans le monde. Ici, à Bonnevaux, nous la toucherons à genoux en signe d'humble révérence devant sa puissance, qui dépasse de loin tout ce que nous pouvons expliquer. C'est plus profond que de ne voir en la Croix qu’un exemple tragique et noble de l'intégrité dont les êtres humains sont rarement capables. Dans une perspective plus profonde, l'acte de vénération, un léger baiser ou un doigt sur le bois de la croix reconnaît en cette croix un événement de l'histoire qui touche et guérit la nature humaine dans le temps passé et futur.

C'est dire, essayer de dire beaucoup plus que ce que les mots peuvent porter. Le long silence qui va suivre le lendemain est nécessaire. Ce qui jaillit de ce silence est un torrent de santé, de plénitude de vie, que la guérison nous apporte en changeant notre façon de vivre, de voir toute chose et d'aimer.

Laurence Freeman OSB

 

 

 

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