Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Mercredi de la 1re semaine de Carême – 9 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Mercredi de la 1re semaine de Carême (2022-03-09)

"La vérité est que nous sommes le Christ." Qu'est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cela change ? Et comment pouvons-nous développer cette intuition ?

Elle remet en question l'autocratie de tout univers centré sur l'ego. Nous n'avons pas besoin de chercher bien loin aujourd'hui pour voir les conséquences de l'autocratie. Mais dans la mesure où chaque personne est un microcosme de l'humanité, nous pouvons être gouvernés par la croyance qu’a l'ego de son individualité absolue. Penser l'individu comme un consommateur plutôt qu’un citoyen nous est inculqué dès l'enfance par notre système de concurrence et d'acquisition des richesses et par le consumérisme qu'il utilise pour y parvenir.

Que signifie être un citoyen ? Nous sommes des parties du tout, mais le tout fait également partie de nous et, dans cette réalité, nous sommes tous diversement un. Cette idée imprégnait l'esprit des premiers chrétiens. Si ce qu'ils commençaient à comprendre du Christ était vrai, alors le monde tel qu'ils l'avaient connu auparavant était à jamais changé. "En Christ, il n'y a ni juif ni grec, ni esclave ni maître, ni homme ni femme". Toutes les distinctions dont dépendent la hiérarchie et l'autocratie se dissolvent "dans le Christ".

Saint Augustin a compris cela en examinant une ligne du psaume 60 : "des terres lointaines je t'appelle quand le cœur me manque". Il se demande si c'est un individu qui parle. Or, dit-il, il ne s'agit plus d'une personne : ou plutôt il s'agit d'une personne dans le sens où le Christ est un et où nous sommes tous ses membres. C'est "cette unité que nous sommes" qui crie depuis les terres lointaines.

C'est le changement de perception qui répond à la question du sceptique : "Comment Dieu peut-il permettre que tout cela se produise ?" Ne cherchez pas Dieu derrière l'ordinateur cosmique. Trouvez-le dans le cri des pauvres, des personnes en difficulté, de ceux qui résistent à la tyrannie. La présence de Dieu, c'est la grâce à l'œuvre dans la boue et le désordre que nous nous fabriquons dans nos illusions d'individualité.

Le Carême est un temps pour se centrer sur les détails et l'immédiateté de la qualité spirituelle de notre vie plutôt que sur de grandes abstractions. Ancrés dans cette réalité, nous pouvons mieux voir la grâce à l'œuvre, non pas dans le jeu géopolitique, mais dans chaque petit acte de bonté qui exprime notre intuition que "cette unité est ce que nous sommes vraiment". Même lorsque notre vie ou nos intérêts individuels sont menacés, ou que nous sommes simplement enfermés dans notre tristesse, nous sommes miraculeusement capables de tels actes de bonté qui disent : "tu es de ma famille".

John Main a dit un jour que la meilleure façon de se préparer à la méditation est de faire des petits actes de bonté dans la vie quotidienne. Grâce à eux, nous voyons l'ensemble de la réalité dans laquelle nous existons.

Laurence Freeman OSB

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