Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Jeudi de la 2e semaine de Carême – 17 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Jeudi de la 2e semaine de Carême (2022-03-17)

On pense généralement que le premier objectif de la justice est un processus d'identification et de punition des coupables. Mais imaginons que ce soit là le résultat du processus, et que le premier objectif soit de découvrir les innocents ? Le monde ne serait-il pas plus doux et la société ne serait-elle pas mieux orientée vers les tâches humaines essentielles que sont l'apprentissage des disciplines sacrées de l'amour et la célébration de la beauté sous toutes ses formes ?

Que Poutine décide ou non de détruire Kiev, nous devrions réfléchir dès maintenant à la manière dont nous le traiterons en justice, lui et ses sbires, lorsque son orgie de mort et de destruction se retournera contre lui, ce qu’entraîne toujours la violence.

Dans l'histoire de l'Exode évoquée dans la réflexion d'hier, les Hébreux gémissaient et se rebellaient parce que leur voyage de libération était inconfortable. Dieu n'a pas puni leur ingratitude coupable (huitième péché capital) comme on pourrait le croire. Au lieu de cela, il leur envoya la manne (ainsi que de la viande de caille). La manne est également mentionnée dans le Coran comme un médicament pour les yeux. Il s'agissait d'une substance légère et floconneuse qui devait être consommée fraîche chaque jour, car si elle était conservée, elle rancissait rapidement. Ce n'est que le jour du Sabbat, lorsqu'il y avait double ration, qu'elle pouvait se conserver pendant une journée. Elle apparaissait sur le sol la nuit, comme la rosée, et il fallait la ramasser avant qu'elle ne soit fondue par la chaleur du soleil. Elle avait un goût de gaufre au miel. Le mot manne semble signifier ‘qu’est-ce que c’est ?’, suggérant l'élément de surprise et d'émerveillement que nous ressentons chaque fois que nous sommes nourris et soignés, surtout lorsque nous nous attendions à être punis. C'est la nourriture du pardon, qui change en innocence l’état de culpabilité et de honte.

Dans la spiritualité chrétienne catholique et orthodoxe, la manne est associée à la fine hostie en forme de gaufrette utilisée lors de la communion et consacrée comme le Corps du Christ. La manne, comme l'Eucharistie, est un symbole physique qui transcende le domaine des apparences et dépasse la compréhension ordinaire. J'ai été élevé dans le respect de la messe et dans la dévotion au Saint-Sacrement gardé dans le tabernacle. À l'origine, on le gardait pour l’apporter aux malades de la communauté qui ne pouvaient pas venir en personne à l'Eucharistie. Plus tard, c’est devenu en soi un objet de dévotion plus figé. Parfois, cela peut friser l'idolâtrie, comme le font souvent remarquer les chrétiens protestants. Mais si nous évitons ce risque - et si nous gardons la manne fraîche - elle procure un plaisir physique et spirituel qu'aucun laboratoire pharmaceutique ne peut égaler. Comme le dit le Livre de la Sagesse à propos de la manne :

"Au lieu de cela, tu donnais à ton peuple une nourriture d’ange ; tu envoyais du ciel un pain tout préparé, obtenu sans effort, un pain aux multiples saveurs qui comblait tous les goûts, substance qui révélait ta douceur envers tes enfants, qui servait le désir de chacun et s’accordait à ses vœux." (Sg 16, 20-21)

Ceci décrit une expérience transitoire, un état d'esprit. Mais elle peut aussi devenir une force de guérison progressive dans les profondeurs immobiles de la personne, au-delà de l'expérience consciente.

Demain, nous réfléchirons à la manière dont le méditant peut comprendre cela.

Laurence Freeman OSB

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