Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Dimanche de la 4e semaine de Carême – 27 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Quatrième dimanche de Carême (2022-03-27)

 

Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! (Lc 15 1-32)

Le fils prodigue est l'une des plus belles histoires jamais racontées. C'est l'une des meilleures paraboles de Jésus. Une bonne histoire crée des personnages qui semblent réels parce qu'ils nous permettent de nous identifier à eux et d'apprendre ainsi sur nous-mêmes. Après nous être plongés dans une grande histoire - pensez à une pièce de Shakespeare ou même à une bonne série Netflix - nous avons l'impression d'en savoir plus sur notre vie et sur le monde. Nous avons reconnu quelque chose de nouveau. Les personnages qui rendent cela possible nous semblent "réels". Même si nous savons qu'ils sont imaginaires, ils ont été imaginés à partir de la vie. Une caractéristique des personnes « de la vraie vie » est qu'elles sont changeantes et nous surprennent. Elles ne sont pas liées aux stéréotypes que nous leur attribuons. Et surtout, elles ont une vie en dehors de nous.

Pensez aux personnages de la parabole. Le fils cadet (l'ego qui veut tout, tout de suite) veut son héritage et s'enfuit pour le gaspiller. Dans la porcherie, il revient à la raison. Mais ce n'est pas un véritable repentir. Il réalise simplement qu'il peut rentrer chez lui en ayant l'air triste, faire croire à son père au cœur tendre qu'il a changé et recommencer à vivre confortablement. Il a dû être surpris lorsque son père n'a même pas écouté ses paroles pieuses, mais l'a embrassé et serré dans ses bras. Le frère aîné (l'ego "je suis meilleur que toi") réalise ce qui s'est passé et est furieux. Il se sent jaloux et plein de ressentiment parce qu'il n'a pas reçu l'amour dont a bénéficié son frère prodigue. Sa cousine germaine s'appelle probablement Marthe.

Et le Père. Le récit développe son immense réalité en trois étapes. Il respecte la liberté de son cadet sans poser de questions et lui donne son héritage pour en faire ce qu'il veut. Il l'accueille à la maison avec un soulagement débordant et avec toute la joie de l'amour qui s'exprime dans un nouveau festin - dont les évangiles sont pleins. Il apprend à son aîné jaloux qu'il n'est pas moins aimé que son frère et qu'il n'a pas de favori (comme saint Paul le dit de Dieu). En quelques traits, Jésus condense la grande théo-psychologie comme le charbon se condense en diamants. Théologie et psychologie vont ensemble parce que la connaissance de soi est la base de notre connaissance de Dieu.

Pourquoi Dieu permet-il à Poutine de faire ce qu'il veut ? Le Coran dit que Dieu a rendu les humains libres pour qu'ils se perfectionnent. L'autre jour, je rêvais que Poutine se réveillait en ayant la connaissance de soi. Après nous avoir donné sa propre nature libre, Dieu nous influence et nous sauve néanmoins par un amour transformateur que nous n'apprenons à reconnaître que lentement et douloureusement. Et il arrache la dent pourrie de l'égoïsme en nous montrant que nous sommes aimés de façon unique mais, pardon, pas exclusive. Le nationalisme produit des guerres, ridiculement, parce qu'elles ne sont pas nécessaires. Il y a assez de tout pour pouvoir satisfaire tout le monde. La diversité et la liberté nourrissent le festin de l'existence, elles ne le menacent pas.

Quand je sors d'une grande histoire, je me sens triste. Le monde réel n'est pas aussi simple ou positif. Mais il semble différent lorsque je sens que ce qui a absorbé mon attention a changé ma façon de voir et d'être au monde, parce que j’ai été chaque personnage de l'histoire et que j’ai participé à chaque situation.

Laurence Freeman OSB

Partager