Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – Dimanche de la 3e semaine de Carême – 20 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Troisième dimanche de Carême (2022-03-20)

Peut-être donnera-t-il du fruit l’an prochain. Sinon, tu le couperas. (Lc 13, 1-9)

Récemment, j'ai écouté une femme passionnante parler du pouvoir et du genre. Elle nous a rappelé que lorsqu'un homme est fort dans la gestion du pouvoir, on dit qu’il est énergique ou qu'il sait ce qu'il faut faire et qu'il le fait. Une femme qui fait de même sera souvent accusée d'être autoritaire. Derrière l'inégalité et la sous-représentation des femmes dans la plupart des domaines de la société (à l'exception de la profession de sage-femme et de l'enseignement primaire) se cachent un préjugé et une caricature du pouvoir masculin et féminin. Derrière cette caricature se cache l'idée que le pouvoir est une force utilisée sur les autres : pour agir de manière responsable et diriger efficacement, il faut une force extérieure pour mettre les gens en action.

Cette intervenante a occupé avec succès de nombreux postes de pouvoir au cours de sa carrière et a dû faire face à des préjugés et des brimades ; elle a souvent été la seule femme dans une salle de décideurs. La méditation l'avait également aidée à prendre conscience d'un autre type de pouvoir utilisé non pas sur mais avec les autres, une énergie provenant d'un espace intérieur personnel plutôt que des forces politiques contrôlant les relations extérieures. Ce pouvoir plus intérieur, selon son expérience, nous relie à une autre source de pouvoir plus élevée, au-delà de l'individu. Lorsqu'elle a décrit cela, j'ai pensé à Jésus disant à Pilate : "Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi s'il ne t'était pas donné d'en haut".

Voir le pouvoir comme une force est une façon non créative de comprendre le pouvoir, car elle enferme dans une vision égoïste de la réalité. Dépourvue de la créativité d’un lien plus élevé, elle devient destructrice. Elle utilise un modèle du cerveau gauche sur la façon dont le pouvoir devrait s’accumuler et se stocker. Elle ignore la nature fluide du temps et tente de le retenir et de le posséder, ce qui conduit à l'aveuglement. La réalité est un flux continu. Le véritable pouvoir provient aussi d'une source située au-delà de l'individu, qui associe les aspects masculins et féminins du pouvoir : force et douceur, esprit de décision et patience.

La nature fluide du pouvoir unit l'impermanence de la réalité à la liberté de savoir qu'"ici, nous n'avons pas de cité permanente". Ce que nous avons accumulé peut s'évaporer en un instant. Nous pouvons être déroutés à tout moment par un accident, la maladie ou la mort. Le temps passe vite, mais chaque seconde d'existence contient la vérité du commencement de l'univers.

La méditation est le meilleur maître sur la nature du pouvoir et la façon de l'utiliser. Dans le désert, Jésus fut tenté d'utiliser à ses propres fins sa connaissance déjà profonde et sa relation à la réalité. Il savait que les personnes puissantes peuvent être mal comprises par ceux qui ressentent leur influence et que le pouvoir perçu comme une force conduit à des abus. Les dirigeants autocratiques tombent dans ce piège qui consiste à associer foule et pouvoir.

Le pouvoir d'abattre un figuier improductif est une sorte de pouvoir. La sagesse de lui donner plus de temps et d'utiliser l'échec comme engrais pour le nourrir en est une autre. Cela peut ressembler à une abdication, mais c'est la seule façon saine de l'utiliser.

Laurence Freeman OSB

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