Méditation chrétienne du Québec et
des régions francophones du Canada (MCQRFC)

Carême 2022 – 1er dimanche de carême – 6 mars 2022

Réflexions quotidiennes du Carême 2022:

Premier dimanche de Carême (2022-03-06)

 

Il eut faim. Luc 4, 1-13

Jésus tenté au désert

C'est le récit de Jésus jeûnant au désert pendant quarante jours pour se préparer à rendre public son dangereux enseignement. Il est montré dans son humanité. Non seulement il jeûna, mais il sentit qu'il devait le faire. Et après, il eut faim.

Que signifie le jeûne ? Plus qu'un régime - bien que nous puissions espérer perdre du poids ou nous sentir plus en forme après une pratique de carême (ce qui nous donne des points supplémentaires pour le parcours). Nous renonçons à des choses comme le tabac, l'alcool, l'usage du smartphone ou la navigation inutile sur Internet, ou nous les réduisons parce que nous estimons avoir une dépendance malsaine à leur égard, ou même un début de dépendance. Cela présente également des bénéfices secondaires. Mais l'essence du jeûne est de se recentrer. Il s'agit d'entraîner l'esprit, de le tenir en laisse plus courte, en réseau "mode par défaut". C'est le terme technique pour désigner notre esprit vagabond et il paraît que les humains passent près de la moitié de leur temps à penser ou à rêvasser à quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qu'ils font ni avec la personne avec laquelle ils se trouvent maintenant. L’esprit de singe ou de distraction chronique est la première chose que découvre le méditant.

Une pratique extérieure comme renoncer à quelque chose ou entreprendre quelque chose de nouveau, ou une pratique intérieure quotidienne comme la méditation, permet de résoudre ce problème. Sinon, si l'on n'y prend garde, il nous sépare de tous les niveaux de la réalité. C’est aggravé par l'isolement personnel, comme beaucoup l'ont constaté pendant le Covid. Il paraît que Poutine était terrifié par l'infection et s'est maintenu dans un isolement extrême pendant les deux dernières années.

Après un certain temps au désert, Jésus eut faim. Lorsque nous avons faim, nous devenons plus faibles et plus vulnérables. Les sentiments que nous contrôlons habituellement peuvent faire surface violemment et nous tenter à l’excès ou nous amener à nous laisser aller à fantasmer. Jésus fut tenté sur le plan sensuel, égocentrique et spirituel. Le voir affronter et rejeter ces stratagèmes typiques d'un faux moi nous donne la confiance que nous pouvons faire de même. Ensuite, un ange vint à l’aide de Jésus. N'avons-nous pas tous besoin d'anges, de compagnons et d'amis pour que le désert ne nous submerge pas ?

J'étais récemment dans un train pour revenir de Londres à Bonnevaux. Le voyage du dimanche fut un cauchemar : j'ai raté mon avion à cause de la circulation, dû changer d'itinéraire pour me rendre dans une autre ville française qui semblait croire que personne ne doit manger le dimanche, car tous les magasins alimentaires étaient fermés. Le train pour Poitiers fut retardé, puis dérouté et des annonces compliquées sur la façon de se rediriger furent faites d'une manière inintelligible à des étrangers. Dans mon wagon, il y avait quelques compagnons de voyage également fatigués, excédés et désireux de rentrer chez eux. J'ai demandé à l'un d'entre eux s'il pouvait m'expliquer ce qu'il fallait faire. Après l’avoir fait, il remarqua gentiment que je n'étais pas sûr d'avoir compris. Il vint s'asseoir à côté de moi pour m'expliquer plus en détail. J'avais faim d'informations et de conseils et, comme c'était le dernier train, je ne pouvais pas me permettre de faire une erreur. Il fut mon ange. À la gare où nous avons changé de train et de destination, il attendit et m'indiqua la bonne direction en s'assurant que j'avais bien compris. Puis, comme tous les anges, il disparut.

Espérons que la faim de justice et de nourriture en Ukraine produira également des anges, localement et dans la communauté internationale.

Laurence Freeman OSB

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