Non-attachement et engagement

Pour le méditant, dire le mantra c’est une pratique égale et de l’engagement et du détachement. Il y a détachement complet dans la répétition du mantra quand le méditant est détaché des fruits et bénéfices de sa répétition. On ne médite pas simplement pour en retirer quelque chose, on ne demande pas un retour sur l’investissement de temps et de foi. Paradoxalement, c’est ce détachement même qui accroît la fécondité de la pratique. Il nous enseigne un sens positif et attrayant du détachement. On en vient à voir le détachement non pas comme une attitude froide sur le plan émotionnel, purement stoïque, mais comme une disposition d’esprit de liberté et d’ouverture qui nous permet de partager ses fruits avec autrui tels qu’ils se présentent, et même avant qu’on en ait eu conscience.

Le détachement aide également le méditant à se garder de la léthargie mentale qui est l’inévitable résultat d’une manière de prier complaisante envers soi-même. Ce que Jean Cassien appelait la pax perniciosa est l’effet graduel et corrosif de la recherche d’un certain type d’expérience et de la tentative de s’y accrocher quand elle arrive. Le détachement ne signifie pas que de telles expériences ou états de paix véritable ne se présentent pas en cours de route. Tel un fleuve, la paix s’écoule d’autant mieux lorsque nous n’érigeons pas de barrières de possessivité ou de conscience égotique. En fait, plus on est détaché, plus on se rapproche de cette pauvreté en esprit, condition de la manifestation plénière de l’expérience du Royaume. Ne pas s’attacher à quelque chose ne signifie pas la rejeter.

L’opposé du rejet est l’engagement. Toute croissance humaine et tout développement personnel dépendent de cette caractéristique centrale de la personne : être capable de s’engager et d’être fidèle, de persévérer. Sans la vertu complémentaire du détachement, l’engagement pourrait devenir du fanatisme, une rigidité qui empêche de s’adapter aux circonstances. C’est  pourquoi les grandes figures de la sagesse du désert répétaient que le discernement est la mère de toutes les vertus. Mais l’engagement reste un facteur essentiel. La foi guérit et intègre le moi divisé et le cœur brisé, et un engagement fidèle dans le temps donne le champ nécessaire pour apprécier les vastes proportions de la sagesse.

Cet article a paru dans Échos du silence Vol. 14, no. 2, Automne 2006. Télécharger toute la revue.

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