Méditation chrétienne et Prière de consentement

mains méditation

 

 

 

 

       Yvon R. Théroux                               Marc Lacroix

Ce texte est une réponse à la question de Jean-Pierre Contant soumise lors de l’assemblée générale du 19 mai 2018. Elle avait été ajoutée au point « Divers », mais le temps a manqué. La question était d’expliquer les différences entre les approches de la méditation chrétienne et celle de la prière de consentement. Nous avons promis une réponse et la voici.

Les principaux auteurs de référence sont, dans le cas de la méditation chrétienne, John Main et Laurence Freeman, tous deux bénédictins. Pour la prière de consentement (Centering prayer) ces auteurs sont Basil Pennington, Thomas Keating, moines cisterciens américains, et Cynthia Bourgeault prêtre de l’Église épiscopale américaine.

Les francophones d’ici et d’ailleurs doivent faire appel à des traductions des ouvrages, autant pour lire sur la méditation chrétienne, que pour la prière de consentement : quelques titres, en français, vous seront suggérés à la fin de cet article.

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Autre référence, l’article « Méditer », une affaire de moine? Sûrement pas ! dans Échos du silence, volume 26 no 1, mars 2018. Nous y retrouvons le cheminement du Père Luc Ferland, moine à l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac, qui a pratiqué les deux approches méditatives dont il est question ici. L’union et la communication avec Dieu dans le silence mental (la prière de consentement), telle que présentée par Basil Pennington, fut son lieu de méditation pendant douze ans. Éprouvant des problèmes de santé, il découvrit un peu plus tard, la méditation chrétienne dans le sillon de John Main, bénédictin, qui lui apparaissait un peu moins exigeante.

Les méthodes :

La méthode est similaire dans les deux pratiques. Sur le site officiel,  on décrit la prière de consentement :

La méthode de la prière de consentement :

  1. Choisis un mot sacré comme symbole de ton intention à consentir à la présence et à l’action de Dieu en toi.
  2. Assis confortablement, les yeux clos, prends quelques minutes pour t’apaiser, puis introduit tout en douceur et silencieusement le mot sacré comme symbole de ton consentement à la présence et à l’action de Dieu en toi.
  3. Quand tu t’aperçois que tu t’es attaché aux pensées*, reviens tout en douceur au mot sacré.
    * « pensées » désignent les perceptions sensorielles, les sentiments, les images, les réflexions.
  4.  À la fin de la période de prière, reste en silence avec les yeux clos encore quelques minutes.

Un petit ouvrage de Michel Boyer Méditation chrétienne : Un chemin de prière profonde, au chapitre Un dernier rappel : comment méditer, décrit la méthode préconisée par Main :

  1. Assoyez-vous. Restez assis, immobile, le dos bien droit. Fermez délicatement les yeux. Silencieusement, intérieurement, commencez à dire un seul mot. Nous recommandons le mot-prière Maranatha.
  2. Appuyez également sur chacune de ses quatre syllabes. Ne pensez à rien, n’imaginez rien de spirituel ou de quelque autre ordre. Si des pensées ou des images vous viennent pendant la méditation, tenez-les pour des distractions et reprenez simplement chaque fois la récitation du mot. Méditez de vingt à trente minutes, chaque matin et chaque soir. (p. 49). Note sur le mot-prière Maranatha : expression araméenne (la langue maternelle de Jésus) et qu’on retrouve en 1 Co  16,22 et Ap 22, 20 et signifiant : « Viens Seigneur ».

Dans les deux organismes, des activités d’initiations sont prévues. Ces sessions sont montées selon la formule de Laurence Freeman o.s.b., ou celle de Michel Boyer, o.f.m., et pour se nourrir spirituellement des ressourcements sont organisés. Pour la prière de consentement, des journées (ou des fins de semaine) d’initiation sont tenues un peu partout au Québec. Par ailleurs, Prière de consentement Québec organise régulièrement des retraites de méditation dans le silence de six, et de dix jours. D’ailleurs, Jules Daniel Langlois-Lachapelle, ancien secrétaire de MCQRFC a vécu une telle retraite et a écrit un article dans le numéro de mars 2018 d’Échos du silence, à la page 13. À noter que pour participer à des retraites intensives de Prière de consentement Québec, vous devez être méditant depuis au moins un an et être disposés à pratiquer trois heures de méditation par jour, ce qui n’est pas à la portée de tous les méditants.

Les auteurs qui ont inspiré ces deux pratiques se recoupent : Jean Cassien, l’auteur inconnu du Nuage de l’inconnaissance, François de Sales, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux et Thomas Merton. Le fondement biblique de la prière de consentement est le sermon sur la Montagne et sa principale source d’inspiration est Le Nuage de l’inconnaissance (XIVe siècle).

La prière de consentement est une réponse à l’invitation du Christ :

Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là dans le secret ;  et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra.  (Mt 6,6).

Quant à la méditation chrétienne, autant John Main que Laurence Freeman font continuellement appel à des passages bibliques pour appuyer leurs réflexions sur la prière contemplative. On a juste à lire Méditer chaque jour et trouver la paix intérieure de John Main pour s’en convaincre. Ce sont les écrits de Jean Cassien, un moine du IVe siècle, qui ont fourni la base à dom John Main dans l’élaboration de sa méthode de méditation.

Dans les deux méthodes, l’objectif est de mourir à soi, de nous vider de nous-mêmes, de demander à Dieu de venir remplir ce vide, pour mieux nous reconstruire. L’outil utilisé, c’est le mot-prière.

La différence : la répétition du mot-prière

Comme nous le mentionnions un peu plus tôt, au départ, les méthodes se ressemblent, cependant, il existe un point sur lequel il nous faut apporter des précisions : la répétition du mot-prière.

Dans leurs textes, les bénédictins John Main et Laurence Freeman, ainsi que le franciscain Michel Boyer insistent sur la répétition incessante du mot-prière, le transformant ainsi en mantra.

Pour l’auteur du Nuage de l’inconnaissance et pour la pratique de la prière de consentement, le mot-prière sert à indiquer à Dieu que nous sommes disponibles pour lui, il constitue une invitation. Il sert également de bouclier qui nous protège contre les pensées qui dispersent notre esprit ; lorsque ces pensées nous tourmentent sans cesse, il faut revenir doucement au mot-prière. En résumé, disons que tant que nous sommes assaillis par les pensées, nous nous abritons derrière notre mot-prière, mais si notre esprit atteint le silence et la paix, nous restons là, disponibles, pour Dieu ; la répétition du mot-prière n’est plus utile… (Ne nous le cachons pas, les périodes de silence sont une denrée rare, même pour des méditants chevronnés).

Si de son côté, comme règle générale, John Main insiste sur la répétition du mantra, il a tout de même indiqué qu’éventuellement nous passons à un autre stade, alors que la véritable méditation s’installe :

John Main un mot dans le silence un mot pour méditer
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C’est à ce moment que notre méditation commence vraiment. Nous commençons réellement à nous concentrer en nous détournant de nous-mêmes, car à partir de ce moment, au lieu de dire le mantra ou de l’entendre résonner, nous parvenons à l’écouter, enveloppées dans une attention de plus en plus profonde. Mon maître avait l’habitude de dire : « Quand vous atteignez ce stade de l’Écoute, vous éprouvez quelque chose de semblable à ce que l’on expérimenterait au cours de l’ascension difficile d’une montagne, pendant que résonnerait le mantra au creux de la vallée. »

La méditation est essentiellement l’art de la concentration, et ce, précisément parce que plus nous grimpons, moins nous percevons le son du mantra au creux de la vallée : nous devons alors l’écouter avec plus d’attention et de sérieux. Et arrive le jour où nous entrons dans le nuage d’inconnaissance, à l’intérieur duquel il y a le silence , le silence absolu, et où le mantra n’est plus du tout audible.

Nous devons cependant nous rappeler qu’il est inutile de tenter d’augmenter le rythme de la méditation ou d’accélérer le processus naturel par lequel le mantra, répété avec une fidélité absolue, s’enracine en nous. (Un mot dans le silence, un mot pour méditer, page 99)

John Main étant décédé depuis plusieurs années, il lui a été impossible de préciser davantage sa vision, mais nous comprenons que le silence constituant un cadeau du ciel, en attendant que ce moment béni arrive, il faut répéter le mantra. En pratique, ceux qui ont un jour atteint cette étape vous le diront, lorsque nous sommes « silencieux », que le temps n’existe plus, le mantra s’efface de lui-même, comme Main le rapporte, toutefois, si vous vous entendez penser : « J’y suis arrivé ! », il ne vous reste plus qu’à revenir à votre mot-prière, le voyage continue ! En fait, nous pouvons dire que les expériences individuelles de méditation prennent le pas sur la différence « technique », au fur et à mesure que le voyage avance.

Une vision du futur

Actuellement, des communautés de MCQRFC et de Prière de consentement Québec collaborent de façon ponctuelle, principalement au niveau des régions comme celles de Sherbrooke et de l’Outaouais. En Montérégie, Serge Leclerc qui anime les rencontres de la Prière de consentement les lundis soir à Saint-Lambert contribue à notre revue semestrielle Échos du silence. Yvan Cloutier, coordonnateur de Prière de consentement Québec a déjà été la personne-ressource pour le ressourcement de fin de semaine de Méditation chrétienne à la Villa Saint-Martin. L’auteur de la préface du livre de Thomas Keating, The Better Part, fut Laurence Freeman, l’actuel directeur de la communauté mondiale de méditation chrétienne qui parle : d’une « amitié spirituelle » entre deux approches différentes qui invitent toutes deux à un approfondissement spirituel et au renouveau de la vie chrétienne en notre temps.

Yvon R. Théroux et Marc Lacroix

Quelques références en français pour la méditation chrétienne :

John Main, Un mot dans le silence, un mot pour méditer, ISBN : 978-2-89044-815-5

Paul Harris, À l’école de John Main, ISBN : 2-89507-539-5

Branche française de la Communauté mondiale pour la méditation chrétienne, Partager le don de la méditation — Guide pour les animateurs de groupes de méditation chrétienne

Site web : https://www.meditationchretienne.ca

Site web mondial de méditation chrétienne (en anglais) : http://wccm.org

Deux références en français pour la prière de consentement :

Thomas Keating, Prier dans le secret, ISBN : 978-2-89129-563-5

Thomas Keating, La condition spirituelle de l’être humain, ISBN : 978-2-330-01833-7

Site web : https://prieredeconsentementquebec.weebly.com

Site web mondial de prière de consentement (en anglais) : https://www.contemplativeoutreach.org

 

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