L’Éternité, rêve ou réalité?

Une question majeure traitée par un mathématicien statisticien et tout à la fois docteur en théologie.  Ce qui permet d’ouvrir des horizons nouveaux et remet en question les idées reçues d’une autre époque. Vulgarisateur hors pair, l’auteur puise dans l’histoire de l’humanité pour démontrer l’évolution de l’idée d’éternité. Trois grandes patries et dix chapitres tout aussi convaincants et très bien nuancés desservent une démonstration crédible et raisonnable sans prétendre à la preuve scientifique qui ne saurait être la seule valide et absolue pour traiter d’une telle question qui relève de l’expérience humaine depuis la nuit des temps.

Dans la conclusion de son ouvrage revient la question majeure qui se pose à tout être humain, croyant comme incroyant, sur son devenir au-delà de ce qui apparaît. « La foi en la vie éternelle n’est ni l’antidote contre la peur de la mort ni l’expression du mépris de la vie. Elle est finalement une confiance donnée en réponse à l’Amour qui se donne et me donne de vivre pleinement. L’Amour seul donne sa pleine mesure, ici-bas et au-delà. »

L’espérance d’éternité s’exprime dans le désir profondément humain devant les mystères de la vie et de la mort. Et face à l’énigme du temps qui fuit, qui grignote nos horloges, un temps autre se veut une expérience intérieure qui transcende le temps calculé. Dans l’Antiquité grecque, des philosophes remarquables ont posé la question du temps tout en avançant des intuitions inspirantes liées aux choses éternelles.

Pour sa part, Augustin, a mis de l’avant l’idée géniale des trois présents : 1- Le présent du passé : dans la mémoire. 2- Le présent du présent : dans l’attention. 3- Le présent du futur : dans l’attente. L’auteur reprend habilement les illustrations d’Augustin qui met en évidence que le temps passe et disperse alors que « dans l’éternel, au contraire, rien ne passe, mais tout est tout entier présent. »

Quant à Paul Ricœur, il dépassera l’ère du soupçon qui n’est pas que négatif pour mettre en exergue l’être-pour-la-vie au-delà du pessimisme ambiant d’un certain temps. Puisant dans les sciences humaines, dans la littérature et particulièrement dans l’ouvrage de Marcel Proust À la recherche du temps perdu, il nous mène sur les rives de l’imagination créatrice où surgissent des moments d’éternité. Faire de sa vie un chef d’œuvre dépasse le simple temps qui nous est imparti et ne nous accroche pas à une idée simple de survie après la mort. L’éternité est le souffle de vie, l’oxygène qui ouvre sur la plénitude de la vie.

La deuxième partie examine les contributions du judéo-christianisme à l’idée d’éternité. La dynamique de l’hébreu et la mentalité sémitique ne s’arrêtent pas à une idée mais concrétisent par des expressions cette tension humaine vers plus que le moment évanescent. Ainsi El Olam, Dieu Éternel, et incomparable, est Maître du temps et pèlerin pour toujours aux côtés de l’humanité souffrante et remplie d’espérance. La vie éternelle sera abordée qu’au 11e siècle avant Jésus-Christ en même temps que le concept de résurrection. Conjecture qui sera unifiée et réalisée en Jésus. Une vie transformée, transfigurée sous le mode de la communion déjà entamée. Le Credo des chrétiens met en évidence le dépassement de la mort inscrite dans le temps au profit d’un temps nouveau qui met en communion l’humanité de Dieu incarné pour que nous devenions Dieu dans notre humanité.

Le temps plat des humains (chronos) peut connaître aussi un kairos où l’éternité plonge dans notre temps-espace. L’éternité n’est jamais une certitude mais une espérance qu’une vie de conversion commencée ici-bas ne peut que s’achever dans un face à face avec El Olam, Dieu Éternel.

Qu’apporte l’éternité à notre temps? Troisième et dernière partie adressée aux contemporaines qui, en grand nombre et sous de multiples prétextes, fuient ces réflexions insuffisamment rivées au concret de la vie quotidienne. Et comme tout ce qui devient valide et valable passe par le creuset de la science dans notre culture, alors l’idée de l’éternité ne fait pas, semble-t-il, le poids. « Affirmer, comme plusieurs le font, qu’il n’y a rien après la mort, ce n’est pas moins croire, mais c’est assurément moins espérer (p. 189) ».  S’accomplir pleinement et ultimement en cette vie c’est donner à celle-ci toute l’importance requise pour achever au-delà du temps l’œuvre commencée. Combien de fois entend-on une expression comme celle-ci : « Je n’aurai jamais assez d’une vie pour réaliser tout ce que je voudrais! ».

C’est pourquoi il est si impératif de vivre le présent du présent : dans l’attention et Le présent du futur : dans l’attente (Augustin). Le lieu de l’amour fournit un terrain de prédilection pour faire l’expérience vive d’un Dieu-Amour qui est l’éternité. Source éternelle de transformation pour chaque humain qui aspire à être plus que ce qu’il apparaît être. Transfiguration de mon être où mon devenir épouse l’Éternel dans une dimension qui m’échappe et où je suis poussé au-delà des contraintes de l’espace-temps d’ici-bas.

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