Le silence, chemin de Vie

Volume 14, no. 2

Aujourd’hui, ce que je m’apprête à partager avec vous, les pèlerins du silence à domicile, ce n’est rien que vous ne sachiez déjà. John Main osb, le pédagogue, aimait redire à quel point enseigner la méditation est l’art de la répétition. Il me semble, en effet, que l’on a souvent besoin d’entendre ce que l’on sait déjà. Car, arrive parfois ce moment où l’on entend vraiment ! – moment de grâce! Voilà donc ce que je veux vous dire que vous savez déjà :

Le chemin du silence est un chemin de Vie !

Nous méditons pour vivre, nous méditons parce que nous choisissons de vivre. Et nos temps quotidiens de méditation sont des rappels vibrants de ce choix. Souligner le 15e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec m’incite à mettre ce thème en relief: choisir la Vie, plus encore, VIVRE ! C’est là notre raison d’être, notre mission en ce début du 3e millénaire, et plus que jamais, en notre monde troublé et troublant, une urgente nécessité. Voici une histoire tirée de la sagesse ancienne intitulée :

Le faiseur de pluie (The Rainmaker)

Dans une région très éloignée en Chine, une sécheresse avait desséché les champs, la récolte était en danger et les gens devaient affronter la famine dans les mois à venir.

Les villageois ont fait tout ce qu’ils ont pu. Ils ont prié leurs ancêtres, leurs prêtres ont fait des processions avec des images prises dans leurs temples et ils ont marché autour des champs affligés. Mais aucun rite, aucune prière n’apportait la pluie.

En désespoir de cause, ils sont allés chercher très loin un faiseur de pluie (« Rainmaker »). Quand cet homme âgé et tout petit est arrivé, les villageois lui ont demandé de quoi il avait besoin pour faire sa «magie». Il a répondu: « Rien, je désire seulement un endroit paisible où je peux être seul. » Ils l’ont conduit à une petite hutte, et là il a vécu calmement, faisant les choses qu’une personne a à faire dans la vie de tous les jours; et le troisième jour, il a plu.

C’est une histoire pleine de profondeur comme les paraboles de Jésus. L’image d’une voie offerte aux Occidentaux fébriles et passionnés d’action que nous sommes.

Devenir des “faiseurs de pluie”! La pluie qui fait pousser la vie! Ils l’ont conduit à une petite hutte et là il a vécu calmement, faisant les choses qu’une personne a à faire dans la vie de tous les jours et le troisième jour, il a plu. Autrement dit, vivre notre vie ordinaire d’être humain… pour vivre, pour apprendre à vivre. Ou encore, c’est en ne faisant rien que tout arrive! Rien de spécial, rien d’extraordinaire. Ça me dit que la vie porte en elle son mode d’emploi et sa fécondité.

C’est ce que le silence m’a appris durant toutes ces années et qu’il me tarde de vivre de plus en plus. Je découvre progressivement qu’il n’y a rien à faire, surtout ne pas forcer, à peine vouloir… Mais désirer, beaucoup désirer! Mon cœur me dit qu’il y a là quelque chose de très juste, que vivre calmement au quotidien renferme un grand secret…  Mais… il y a la résistance, l’apathie et les frasques du mental. L’ego ne se rend pas si aisément à tant de simplicité.
Rappelons-nous cette parole de Jésus:

« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain: demain prendra soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine» (Mt 6, 34).

Être là, juste être là dans l’instant, et faire ce que j’ai à faire. Me tenir là dans le moment présent avec ce qu’il porte de lumières et de ténèbres, de facile et de difficile, de peur et de paix, de larmes et de rires… Prêter attention à tout cela, permettre à tout cela d’être, sans rien rejeter ni privilégier dans son esprit.

Tout accueillir sans juger et laisser les contradictions exister dans cet espace. Nous serions alors dans une attitude de prière ou dans un état d’être qui ne veut rien, ne rejette rien. Et si être, c’était prier? Ce serait vivre l’ordinaire de la
vie dans un état de totale réceptivité, en complète adhésion à ce qui est: permettre à la vie d’être telle qu’elle est. Cette attitude, fruit privilégié du silence, nous branche à la vie. Et, dans ce moment de communion à la vie, moment de grâce, vient la pluie… qui rafraîchit, désaltère et irrigue nos terres desséchées.

Nous avons tous fait un jour cette expérience du merveilleux, de l’inimaginable qui survient alors qu’on n’attendait plus, qu’on n’y pensait plus, qu’on ne voulait plus. C’est juste arrivé, comme ça! Un merveilleux étonnement !

“Juste vivre, cela suffit!”, constate ce méditant après une retraite de silence. Vivre sa vie, moment par moment, dans l’attention vigilante, nous donne la vie, nous rend vivant.

Le silence de la méditation opère ce miracle et, comme le disait le Père Laurence Freeman, « nous donne le courage de vivre. » Devenir de plus en plus profondément vivant, c’est le plus beau merci que je peux offrir à John Main pour le don de la méditation issue de la tradition chrétienne, en notre terre d’ici.

Et Jésus affirme: “Je suis la Vie!” (Jn 14,6).

A propos Michelle Dubuc 2 Articles
Michelle Dubuc est à l'origine de la Méditation chrétienne en français au Québec et fut coordonnatrice de 1991 à 1998.

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