De l’existence des pensées pendant la méditation

Le mystique indien Sri Ramakhrishna qui vivait au XIXe siècle comparait l’esprit à un arbre majestueux rempli de singes se balançant sans arrêt de branche en branche dans un tumulte incessant de jacassements. Force nous est de constater la justesse de cet exemple lorsque nous commençons à méditer et que nous sommes aux prises avec le tourbillon de nos pensées! C’est là notre lot habituel… Or le seul moyen d’amener progressivement notre esprit distrait au calme, au silence, c’est notre mantra.

La méditation implique un processus d’apprentissage. Devant le flot des pensées qui vont et viennent à notre esprit,  nous apprenons jour après jour à reprendre avec fidélité et humilité de cœur notre mantra et à y revenir autant de fois que cela est nécessaire. Quand nous débutons dans la pratique de la méditation nous récitons le mantra dans notre tête. Puis, le mantra commence à résonner non seulement dans notre tête mais davantage dans notre cœur. Il s’enracine au plus profond de notre être. Le mantra nettoie ainsi ce qui est en surface et aide à ouvrir le cœur à l’amour qui habite tout au fond de soi.

La difficulté ne tient pas tant au fait même des pensées et de l’imagination qui surgissent pendant la méditation que de nos réactions, de notre attitude face à elles: impatience, déception, découragement, dévalorisation, guerre ouverte. Nous leur donnons alors plus d’emprise sur nous! Le défi serait d’avoir un autre regard sur les pensées. Spontanément, les pensées nous apparaissent inopportunes, déplorables, au moment de la méditation. Assurément, elles permettent de constater l’agitation de notre esprit envahi par des préoccupations de toutes sortes!

Comme dans les rêves nous libérons des tensions nerveuses, ainsi les pensées et les images remplissent la même tâche quand elles défilent dans notre esprit, lors du repos de la méditation. Elles ont donc un effet positif, libérateur. Si nous réagissons aux pensées, aux images ou aux sentiments, nous intensifions les tensions qu’ils causent. Au contraire, si nous laissons s’éloigner les pensées et que nous retournons au centre à l’aide de notre mantra, les tensions disparaissent. Ainsi, Dieu laisse les pensées, les sentiments, les souvenirs et les images dériver à la surface de notre âme, de façon à s’en servir pour nous libérer des tensions accumulées. La tradition ascétique de l’Orient chrétien propose une manière de se comporter vis-à-vis les pensées : au lieu de combattre les pensées, simplement les ignorer, détourner notre attention de celles-ci. S’il apparaît quasi impossible de libérer totalement l’esprit de son agitation, nous pouvons simplifier son activité en portant l’attention à notre seul mot sacré. Y reporter notre attention avec douceur et non de manière tendue, obsessive.

Attention à la tendance spontanée à évaluer la période de méditation en fonction des pensées qui y surviennent. Il n’y a pas de méditation réussie ou manquée. Cette auto-évaluation est le signe de l’emprise de l’ego encore trop préoccupé par la performance. Les fruits les meilleurs de la méditation sont les transformations qui s’opèrent parfois à notre insu au fil du quotidien. Par la reprise humble, patiente et fidèle de notre mantra, nous apprenons tout simplement à nous détacher de nos pensées et de notre imagination, comme de l’emprise de l’ego. C’est le service inestimable que le mantra nous rend.

Ce qui compte, c’est donc la reprise fidèle de notre mantra. Avec le temps, avec son aide, les pensées et l’imagination se feront moins envahissantes et perdront de leur intensité. Il nous sera possible d’atteindre par moment des zones plus profondes de silence intérieur. Mais la persistance des pensées n’a pas raison de nous faire douter de cette pratique spirituelle de la méditation et de nous faire manquer le rendez-vous de la simple présence. La foi et l’amour qui habitent le cœur comptent plus que ces pensées qui vont et viennent à notre esprit comme des nuages dans le ciel! Nous nous confions plutôt à la puissance du Nom (Maranatha – Viens Seigneur) capable de réaliser en nous bien au-delà de ce que nous pouvons entrevoir et espérer. La persévérance dans la reprise du mantra amènera à une compréhension plus approfondie de cette déclaration de Jésus : « Heureux les pauvres en esprit, le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3).

Cet article a paru dans Échos du silence Vol. 14, no. 2, Automne 2006. Télécharger toute la revue.

Michel Boyer
A propos Michel Boyer 0 Article
Michel Boyer est Franciscain et guide spirituel de la communauté francophone de méditation chrétienne au Canada. Il fut coordonnateur de l'organisme pendant de nombreuses années.

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