Obstacles fréquents

La méditation, un voyage intérieur parsemé d’obstacles

Un voyage à refaire quotidiennement comme si c’était la première fois

(Par Christiane Gagnon et Lyse Masse)

Introduction

La méditation chrétienne n’est ni un exercice de relaxation, ni un effort de concentration. Elle se définit comme une forme de présence à soi et à Dieu. Cette présence est rendue possible en portant son attention à l’intérieur de soi, avec une intention identifiée au départ.

L’image de la germination illustre bien le travail de la méditation. La germination consiste à faire germer une graine qui, au départ, semble sans vie mais qui enferme en elle une potentialité de vie si on lui donne les soins adéquats. Pour faire germer une graine, il faut s’en occuper deux fois par jour et, le reste de la journée, le travail de germination se poursuit par lui-même. La méditation opère de la même façon. On médite une ou deux fois par jour, si possible vingt minutes à chaque fois, et le reste de la journée les bienfaits de la méditation opèrent en nous sans que nous y portions attention.

La méditation est une expérience à vivre sans obligation de résultats : « faire l’effort » de méditer « efficacement » est contraire à l’acte de méditer. Il faut tendre à méditer sans en attendre des résultats précis, sans même chercher à s’améliorer. La méditation n’a rien à voir avec la performance ou la compétition. Si des états particuliers surviennent pendant la méditation, il faut reconnaître et accueillir ces états mais sans leur laisser toute la place, puis reprendre doucement la récitation du mantra.

La méditation est un voyage intérieur que l’on refait chaque jour comme si c’était la première fois. Peu à peu, ce moment privilégié de silence et de paix déteint sur notre façon d’accomplir nos activités quotidiennes, sur notre façon d’être présent à l’autre et, de façon générale, sur l’orientation que l’on donne à notre vie. La méditation devient alors un mode de vie et elle joue dans notre vie un rôle primordial.

Mais le chemin de la méditation, malgré toutes nos bonnes intentions, comporte bien des obstacles, comme nous l’avons sûrement toutes et tous expérimenté. Voici donc quelques balises pour nous aider à faire face à ces obstacles.

« Tout chemin d’intériorité, tout pèlerinage nous confronte à des écueils. On doit parfois franchir à gué la rivière du silence, monter la pente raide de la discipline quotidienne, éviter les omniprésentes flaques d’eau de nos distractions. »

(Michel Legault, Sur la route du mantra, p. 106)

Avant la méditation

1er obstacle : le manque de temps

Ce qui fait obstacle :

  • « Je n’ai pas le temps de méditer avec tout ce que j’ai à faire »
  • « Mon agenda est déjà surchargé »
  • « Je suis fatiguée, je ne peux ajouter une autre activité à ma journée »

À me rappeler :

  • Intégrer la méditation tout doucement dans ma vie ;
  • Trouver peu à peu cet espace intérieur, au-delà du temps, pour m’arrêter, me déposer, être en Dieu ;
  • Établir des priorités dans mes activités et engagements;
  • Méditer si possible à la même heure, à chaque jour.

« …nous avons peur de nous engager parce que cela semble réduire nos options. Nous nous disons en nous-mêmes : ‟ Si je m’engage à méditer, je n’aurai plus de temps pour autre chose. ”. Mais tous, je pense, nous constatons que cette peur se dissipe dès que nous nous engageons concrètement à être sincères, à être ouverts, à ne pas vivre à la surface de notre être, mais de son tréfonds. Nous constatons tous que nos horizons s’élargissent plutôt qu’ils ne se rétrécissent, dans l’expérience de la méditation. Et nous y expérimentons non la contrainte, mais la liberté. » John Main, Le chemin de la méditation, p. 58-59

2e obstacle : mes attentes

Ce qui fait obstacle :

Avoir des attentes par rapport à la méditation :

  • « Je veux me sentir plus calme, plus serein »
  • « Je veux être plus à l’écoute des autres »
  • « J’aimerais améliorer ma concentration »
  • « Je désire être plus patiente »

À me rappeler :

Cultiver des attentes avant la méditation, c’est ralentir le « voyage » vers l’accueil de la présence divine en soi ;

La méditation porte ses fruits, mais ces fruits arrivent comme un cadeau, comme une bonne nouvelle inattendue qui jaillit du silence profond.

« Quand nous nous mettons à la méditation, nous espérons tous une expérience mystique instantanée et nous avons tendance à surestimer les premières expériences inhabituelles que nous vaut la pratique de la méditation. Mais cela n’est pas important. L’important est de persévérer à dire le mantra, de nous affermir par notre discipline… » John Main, En quête de sens et de profondeur, p. 88)

Pendant la méditation

3e obstacle : les distractions

Ce qui fait obstacle :

Par distractions, on entend toutes les pensées, émotions, états d’âme, questionnements qui nous envahissent pendant la méditation :

  • les distractions qui trouvent leur origine dans ma vie quotidienne (une conversation récente, une tâche à faire, un rendez-vous à prendre, etc.) ;
  • les distractions en lien avec ma vie personnelle (souvenirs heureux ou malheureux, blessures, émotions, problèmes familiaux, sentiment de solitude, inquiétudes, tristesse, etc.) ;
  • les distractions de nature spirituelle (chercher à m’observer et à m’analyser, comparer mon cheminement spirituel avec celui d’autrui, demeurer centré(e) sur moi plutôt que de porter mon regard au-delà de moi-même, vers Dieu).

À me rappeler :

Répéter le même mantra tout au long de la méditation ;

Exemples de mantras inspirés de la tradition chrétienne : « Maranatha », « Kyrie Eleison », « Viens, Seigneur Jésus »;

Quand les distractions surviennent, revenir en douceur à mon mantra, sans me juger ou m’impatienter ;

Laisser les distractions s’effacer simplement de mon esprit, ne pas chercher à les retenir ni à les analyser ;

Visualiser les distractions comme des nuages qui passent et disparaissent d’eux-mêmes dans le ciel.

« Ne gaspillez pas d’énergie à froncer les sourcils et à vous dire : ‟ Je ne penserai pas à ce que je mangerai pour souper, à qui je rencontrerai aujourd’hui, à l’endroit où j’irai demain, ni à quelque autre distraction ”. Ne tentez même pas d’employer la moindre énergie à chasser la distraction. Ignorez-la simplement. Le chemin pour l’ignorer consiste à dire votre mantra. En d’autres termes, quand vous méditez, vous devez canaliser votre énergie dans une seule direction et le chemin de cette direction est votre mot. » John Main, En quête de sens et de profondeur, p. 51

Après la méditation

4e obstacle : la tendance à m’évaluer

Ce qui fait obstacle :

Avoir tendance à m’évaluer, à me critiquer, à mettre l’accent sur ma performance :

  • « J’ai perdu mon temps »
  • « Ça me donne rien ! »
  • « Je n’arrive pas à arrêter les pensées qui m’envahissent »
  • « Les autres méditants du groupe réussissent mieux que moi à méditer »

À me rappeler :

Éviter de m’évaluer, de me critiquer, de me juger sévèrement, de me comparer aux autres.

Au lieu de m’évaluer, simplement me donner quelques repères sur le chemin de la méditation :

  • Prévoir, au moyen d’un rituel de mon choix, un temps de transition entre mes activités quotidiennes et ma période de méditation ;
  • Adopter une bonne posture : dos droit, physique alerte, détendu, mais pas trop pour ne pas entrer dans la phase « sommeil » ;
  • Méditer chaque jour et, si possible, deux fois par jour;
  • Méditer dans un endroit qui favorise le silence, la concentration et l’attention;
  • Devant les distractions, revenir doucement à la récitation de mon mantra;
  • Je ne réfléchis pas… je n’analyse pas ce qui arrive… je suis là…tout simplement;
  • Participer régulièrement à une petite communauté locale de méditants et méditantes;
  • Méditer avec foi et amour, dans un abandon confiant.

« Les étapes de notre cheminement dans la méditation surviendront à leur heure, au moment choisi par Dieu. En devenant trop soucieux de notre stade de développement, nous ne faisons qu’entraver ce cheminement. » John Main, En quête de sens et de profondeur, p. 84-85

5e obstacle : la lourdeur de la routine

Ce qui fait obstacle :

  • « La méditation, c’est toujours pareil, c’est ennuyant à la longue »
  • « Ce n’est pas pour moi la méditation, ça demande trop de discipline »

À me rappeler :

  • La répétition du mantra est à la base même de la méthode de méditation ;
  • Toute démarche de transformation suppose la répétition et demande du temps ;
  • En méditant à chaque jour, la méditation devient peu à peu un mode de vie ;
  • Toute personne qui médite demeure perpétuellement une débutante : je dois reprendre à chaque jour et avec humilité l’effort de poursuivre mon voyage sur le chemin de la méditation.

Le répétitif fait partie de la méthode de méditation. Quand nous nous asseyons pour méditer, nous disons MA-RA-NA-THA, le mot sacré que nous propose la tradition chrétienne. Mais nous pouvons aussi utiliser un mot ou une suite de mots de notre choix, d’environ 4 à 6 syllabes, ou encore emprunter un mantra à l’une ou l’autre des grandes traditions religieuses qui recourent à la méditation.

Par le répétitif, la méditation nous amène à apaiser notre mental pour apprendre à être … À être simplement présent à nous-même, à celui qui est notre source intérieure, Dieu.