Une longue tradition

Cette voie de prière profonde qu’est la méditation chrétienne a des racines profondes en christianisme. On la retrouve en effet au IIIe et IVe siècles chez les Pères et Mères du désert, ces solitaires d’Égypte habités d’une quête incessante de Dieu.

C’est auprès d’eux que vécut pendant douze ans le jeune Jean Cassien (365-435) désireux d’une prière incessante. Comme tant d’hommes et de femmes du XXe  siècle, il se tourna lui aussi vers l’Orient pour aller plus loin dans sa recherche spirituelle. Sa 9e Conférence donne un écho de sa patiente recherche.

Un témoin

Dans sa 10e Conférence, le moine Jean Cassien communique le cœur de son enseignement. Il y propose la répétition d’un verset biblique ou de quelques formules brèves qu’on appelle aujourd’hui volontiers un mantra. Il écrit : « L’âme doit sans cesse revenir à cette formule. Qu’elle se restreigne à la pauvreté de cet humble verset. » Par son enseignement, Jean Cassien a exercé une influence considérable sur la vie spirituelle des chrétiens. Au cours de l’histoire, plusieurs guides spirituels d’envergure ont référé à son enseignement : saint Dominique et saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila au XVIe siècle.

Un autre écho

Dix siècles plus tard, au XIVe siècle en Angleterre cette fois, on trouve un autre écho de cette tradition de prière avec un seul mot. Dans son ouvrage intitulé le Nuage d’inconnaissance, un mystique anonyme propose lui aussi une prière dépouillée se limitant à un seul mot. Il écrit : «Si tu désires ramasser tout ton désir dans un seul mot simple que l’esprit peut aisément retenir, choisis un mot court plutôt que long. Puis, fixe-le dans ton esprit pour qu’il y reste.»

L’invitation qui est faite pour une prière limitée à un ou quelques mots rapproche ce mystique anglais d’un grand courant qui vient de l’Orient chrétien : la prière de Jésus, parfois nommée prière du Nom. Elle est enracinée elle aussi dans la spiritualité des Pères et Mères du désert. Elle s’est répandue davantage dans l’Orient chrétien par le mont Athos et la Russie, jusqu’en Occident au XXe siècle, grâce aux Récits d’un pèlerin russe.

Une tradition revisitée

L’expérience de la prière profonde, silencieuse, a été accessible pendant près de quinze siècles à tous les chrétiens. Elle n’était nullement réservée à une élite religieuse. Puis, dans la vie de l’Église, elle a connu une longue période d’éclipse, étant considérée exceptionnelle dans la vie de prière. Cette quasi disparition a privé longtemps les chrétiens d’une pratique spirituelle éprouvée dans le temps. La prière mentale, prière avec des mots et faisant appel à la réflexion, s’est alors longuement répandue. Ce n’est qu’au XXe siècle que ce trésor enfoui de la tradition chrétienne a été de nouveau mis à jour. Cette redécouverte coïncide avec cette aspiration grandissante au silence et les contacts des Occidentaux avec les pratiques spirituelles propres à l’Orient.

À partir de 1950, divers auteurs spirituels tels Thomas Merton, Bede Griffiths, Henri Le Saux et William Johnston enseignent la recherche de Dieu au centre de son être, par-delà toute pensée ou image. Plus près de nous, à partir de 1975, deux maîtres spirituels proposent une démarche pour y parvenir. Thomas Keating, moine cistercien et sa « Centering prayer  », et John Main, moine bénédictin (1926-1982).

Dans les dernières années de sa vie, ce dernier s’est employé par son enseignement à mettre à la portée de tous les chercheurs de Dieu la tradition de la prière profonde et un chemin pratique pour en vivre.

(Michel Boyer, Un chemin de prière profonde, la méditation chrétienne, Montréal, Imprimerie Dizones Inc, 2005, p. 26 et suivantes)