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Le vrai travail de la méditation consiste
à atteindre l’harmonie de tout l’être.
John Main
   

Une voie d'intériorité

Comment méditer

Enfants et méditation

Chacun son sentier

Amis du monde

Parents

Médit's Ados

 

 

 

 

"Un moment de
méditation silencieuse"
C'est un lieu de prière et de recueillement à la manière
de John Main, o.s.b., qui vous est offert ici.

Tu pourras y venir à chaque jour pour prier
avec la communauté virtuelle.

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TOUS LES VIDÉOS SONT DISPONIBLES ET TÉLÉCHARGEABLES
EN VERSION MP3 (audio seulement)
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Méditer pour une fécondité de vie

Conférence 1


Cela signifie impérativement quitter douloureusement la personne que je crois  être pour devenir celle que je suis essentiellement.

Conférence 2


Spiritualiser l’être charnel  pour incarner et féconder une spiritualité qui s’exprime par des gestes et des attitudes dans le quotidien de notre vie.

Conférence 3


Féconder toute  « ma » vie: corps, cœur, tête, âme afin de dire comme Saint Paul: « et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. » (Galates, 2, 20).

Conférence 4


Féconder « toute » vie qui est de la même chair que moi,
nous tous qui sommes situés dans l’écrin de l’Univers.

 

Des pièges qui nous quettent dans la pratique de la méditation

Michel Boyer, coordonnateur MCQ

JE N’AI PAS LE TEMPS
3:46 Minutes

C'EST BIEN TROP SIMPLE,
ÇA NE DOIT PAS DONNER
GRAND-CHOSE
3:48 Minutes

LA PEUR DE LA ROUTINE, C’EST TOUJOURS LA MÊME CHOSE
4:16 Minutes

 

LA TENTATION D’ÉVALUER
SA MÉDITATION

5:37 Minutes
JE NE SENS RIEN PENDANT
LA MÉDITATION,
çA VAUT VRAIMENT LA PEINE
3:53 Minutes
LA TENTATION D’ARRÊTER
LE MOT SACRÉ DANS LES MOMENTS DE CALME,
DE QUIÉTUDE ÉPROUVÉS PENDANT LA MÉDITATION

3:25 Minutes

 

 


Pierre Brunette,
franciscain, nous partage son expérience de la méditation

Aussi disponible en version CD audio. Voir page publication ici

Faire le choix de méditer
12:18 Minutes

Désirer Dieu
10:04 Minutes
Méditer est une façon
de chercher Dieu
14:29 Minutes

 

Faire le ménage intérieur
14:14 Minutes
L'importance du mantra
17:17 Minutes
Comment apporter Dieu au monde
15:23 Minutes

 


Méditer
Michel Boyer,
coordonnateur MCQ
6:48 Minutes


Comment méditer
Michel Boyer,
coordonnateur MCQ
4:32 Minutes

 Une voie d’intériorité

John Main disait : « Le véritable défi pour les chrétiens contemporains consiste à retrouver une voie de prière profonde qui les amènera à faire l’expérience de l’union avec Dieu. La méditation chrétienne veut aider à relever ce défi. »

Or, nous sommes familiers d’une prière qui fait place à des mots, des images, habitués de parler à Dieu, de lui demander ce dont nous avons besoin pour nous-mêmes et les autres. Cette façon de vivre la prière conserve tout son sens.

Mais il reste important d’explorer une voie de prière plus dépouillée, faisant place davantage au silence. Il s’agit alors de plonger dans les profondeurs de notre cœur là où l’Esprit de Jésus prie seulement dans le silence. Cette voie de prière d’une grande simplicité, accessible à toute personne, s’appelle la méditation chrétienne ou encore la prière contemplative.

La présence silencieuse

L’intention n’est pas d’avoir des pensées sur Dieu, mais d’être avec lui et d’expérimenter sa personne comme le fondement de notre être. Dans la méditation chrétienne, il ne s’agit pas de faire le vide mais de faire le plein à la source de l’Amour. Il habite au centre de toute personne et veut entrer en intimité, en communion profonde.

Il s’agit de permettre à la présence silencieuse de Dieu en nous de devenir la réalité qui donne une raison d’être à toutes nos actions comme à tout notre être. Le défi alors est de devenir silencieux pour laisser émerger le silence intérieur. Mais comment y parvenir et cesser le bavardage intérieur ?

Un mot au cœur du silence

Comme en est témoin la longue tradition de cette forme de prière dépouillée, silencieuse, dans la vie de l’Église, le conseil est d’avoir recours à un seul mot en y portant toute son attention aimante, au milieu des pensées qui vont et viennent. Alors, le cœur peut s’ouvrir au travail de l’amour au plus intime de soi.

Voici l’enseignement du moine bénédictin John Main, un témoin du XXe siècle de cette tradition vivante : « Je recommande  à la plupart des débutants d’utiliser MARANATHA, un mot araméen, la langue du temps de Jésus, qui signifie : « Viens, Seigneur Jésus. » Saint Paul termine son épître aux Corinthiens (1Co 16, 22) avec ce mot, à l’instar de saint Jean dans son Apocalypse (Ap 22,20). On le retrouve dans quelques-unes des premières liturgies chrétiennes. »

Et il ajoute encore : « On pourrait opter pour le nom de Jésus ou encore pour le mot Abba, un mot que Jésus utilisait dans sa prière. L’important c’est d’en choisir un et de le conserver. Sinon, votre progression dans la méditation en serait retardée. » (John Main, Un mot dans le silence, un mot pour méditer, p. 26) Revenir au mot sacré MARANATHA, c’est nous détacher de tout ce qui nous retient centré sur nous-mêmes.

 

Le sens du terme Maranatha • format PDF (83 Ko)

 

Pourquoi les méditants chrétiens appellent-ils le mot-prière un « mantra »?



Le mantra, qui nous amène dans le moment présent et plus loin que l’ego, se faufile par la porte étroite dans la cité de Dieu. (John Main, Word made Flesh)
I
La tradition de la prière «monologique» - prière qui emploie un mot sacré, répété continuellement avec foi dans le cœur et dans l’esprit - est une tradition vénérable dans le christianisme. Elle vient peut-être de la vénération du nom de Jésus (« … pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille », Ph 2, 10).  La récitation du Saint Nom fut intégrée plus tard dans les diverses formes de la pratique du silence et de la prière à Jésus de l’Église orthodoxe.  Dans l’Église occidentale, Jean Cassien fut le premier maître de cette forme de prière.


On trouve la première description détaillée de cette forme de prière dans la tradition des Pères du désert, dans la 10e conférence de Jean Cassien. Il recommande le verset 2 du Psaume 69 : « Sauve-moi, ô Dieu, vite à mon secours ». Saint Benoît l’adopta plus tard comme premier verset de l’Office divin; il l’est toujours. 1000 ans plus tard, en Angleterre, l’auteur anonyme du Nuage d’Inconnaissance recommande la même forme de prière tout en proposant l’usage d’un mot d’une seule syllabe tel que « Dieu ».


Au 20e siècle, John Main – héritier de cette même tradition et désireux de la transmettre – recommanda la prière chrétienne araméenne « Maranatha ».  C’est une phrase tirée des saintes Écritures qui signifie « Viens Seigneur Jésus » (1Co 16,22), dans la langue de Jésus, l’araméen; une phrase sacrée dans les premières liturgies chrétiennes.  Il existe plusieurs autres exemples de mots-prières dans l’histoire de la prière chrétienne. Ils reflètent une époque particulière ou la personnalité du maître de prière qui conduisait les gens dans le silence contemplatif et la tranquillité du cœur (hesychia).  On retient de cette tradition l’insistance sur la répétition continuelle du mot, avec une foi toujours plus profonde et fidélité au même mot, qui s’enracine dans le cœur et qui ouvre à la grâce de la contemplation, notre entrée dans la prière de Jésus lui-même dans l’Esprit.
Ceux qui employaient le nom de Jésus nommaient ce mot « Le Nom » ou « Le saint Nom ».
Cassien ne recommande pas ce nom; la phrase qu’il suggère, il l’appelle une « formule », dans le sens de « règle » ou « principe ».  La « formule » n’a pas un sens sacré comme tel mais elle signifie un modèle ou un usage commun du même mot, ou de la même phrase, récité fidèlement, quelque soit l’état du priant, qui l’amène à la pauvreté du cœur.


John Main appelle le mot-prière le « mot » ou « mantra ».  Pourquoi emploie-t-il le terme « mantra », particulièrement associé aux formes de méditation orientale?
Pour le comprendre, il faut se rappeler l’environnement religieux dans lequel John Main redécouvrit personnellement la méditation et commença à l’enseigner dans la tradition chrétienne. Avant son entrée dans la vie monastique, John Main avait connu cette pratique en Orient, bien qu’il l’ait adoptée comme prière chrétienne.  C’est en Orient qu’il a d’abord découvert le terme « mantra » qui voulait dire « un mot ou une formule psalmodiée ou chantée comme incantation ou prière ».  Vingt ans plus tard, quand il relut Cassien et reconnut cette forme de prière dans la tradition chrétienne, il reprit sa propre pratique et réalisa sa valeur universelle pour une spiritualité chrétienne contemporaine.
Vers 1975, diverses formes de méditation orientale étaient devenues populaires en Occident, en particulier la méditation transcendantale; le mot « mantra » faisait donc partie du langage populaire.  Aujourd’hui, on trouve ce mot dans le dictionnaire anglais d’Oxford, défini comme « un texte ou verset sacré » utilisé en anglais depuis 1801.  La plupart du temps, ce mot est employé dans un contexte séculier pour évoquer les promesses répétées des politiciens!


II
Certaines personnes, qui entendent le mot « mantra » comme prière chrétienne, peuvent ressentir un certain malaise à cause de son appartenance orientale.  Depuis 1975, depuis que John Main l’utilisa comme terme chrétien dénué de référence orientale, le mot est cependant devenu familier pour beaucoup de chrétiens.  Nous pouvons maintenant affirmer qu’il appartient au vocabulaire de la spiritualité chrétienne.


De même, le sens profond du mot « méditation », connu depuis le début de la tradition chrétienne, doit également être retrouvé et compris dans sa signification première, plus contemplative.  Pour beaucoup de chrétiens, « méditation » était restreinte à une prière mentale, s’appuyant sur les pensées et l’imagination, particulièrement dans une réflexion sur les saintes  Écritures. Cette forme de prière est très valable; elle est aussi et probablement mieux décrite comme « lectio »« Méditation » dans son sens premier :   conduire dans une prière ou contemplation, sans mots, silencieuse, sans images, fut également vulgarisée en Occident récemment par les méthodes et pratiques spirituelles orientales.  Le défi que John Main propose est de retrouver et de réintroduire le vrai sens de « méditation » dans la chrétienté.


L’usage du terme « mantra » s’appuie donc sur deux faits : d’abord, il est utilisé universellement et très bien compris dans le contexte chrétien; deuxièmement, certaines personnes qui commencent à apprendre la dimension contemplative de la prière peuvent avoir besoin d’y réfléchir attentivement et d’en discuter.  Si les chrétiens modernes sont encouragés à approfondir le sens de « mantra » et de « méditation », ils peuvent arriver à comprendre et à retrouver la dimension contemplative de leur foi et de leur vie de prière.
Un auditoire plus traditionnel aura besoin d’un soutien particulier de la personne qui lui propose la méditation chrétienne.  Le mot « mantra » devra donc être expliqué dès la  première session d’enseignement.  Par exemple, lorsque l’on présente la méditation chrétienne à un nouvel auditoire, il est peut-être sage d’utiliser les termes « mot » ou « mot-prière » pour commencer. Ensuite, au moment de présenter un mot spécifique tel que recommandé – par exemple, « Jésus »ou « Abba » ou « Maranatha » - l’enseignant peut s’y référer comme étant « anciens mantras ou mots sacrés chrétiens ».


Tout en étant consciente de ces sensibilités, l’expérience de la Communauté mondiale de la Méditation chrétienne – établie dans plus d’une centaine de pays - la convainc que le terme « mantra » ne fait pas du tout obstacle à la transmission de cet enseignement.  Le défi plus grand est d’aider les gens, qui prient déjà par les sacrements ou les dévotions, à faire l’expérience du sens profond de la contemplation et de la prière du cœur.  Même si pour plusieurs le terme « mantra » peut causer un certain malaise, l’aide qu’ils recevront pour comprendre le sens du terme peut les amener à mieux saisir le sens même de la méditation comme un chemin au-delà des mots, des pensées et des images pour entrer dans le silence du Christ.  La prière d’introduction que John Main a composée pour la méditation chrétienne l’exprime bien :


            « Père du ciel, ouvre mon cœur à la présence silencieuse de l’Esprit de ton Fils.
            Conduis-moi dans ce mystérieux silence où ton Amour est révélé à tous ceux et  
            celles qui appellent : Maranatha, Viens Seigneur Jésus ».

Laurence Freeman, osb
Traduction : Francine Devroede

 

Pourquoi prier quand tout semble perdu?
                                                                                              Yvon R. THÉROUX

 

Prière,  méditation et la science


Je vais débuter avec une anecdote. Lors d’une conférence à l’hôpital Hippolyte Lafontaine, il y a quelques années, je me suis retrouvé devant plus de soixante psychiatres. Un auditoire qui voulait comprendre la montée de cas de délires religieux. Je pouvais facilement distinguer deux groupes : des freudiens de la génération des « baby boomers » et la jeune génération montante.  Après ma communication, une période de questions et d’échanges a eu lieu. Je fus agréablement surpris de l’intervention d’une et d’un jeunes des leurs qui affirmèrent avec conviction que lorsque la médication (psychotropes) et divers autres traitements n’arrivaient pas à résoudre des problèmes bien identifiés chez certains patients, alors ils leur montraient à méditer ou à prier. Au dîner, je me suis retrouvé aux côtés du directeur du département de gériatrie qui me fit l’aveu premier d’être athée. Il ajouta que les quatre années à cette direction lui avaient fait tout de même observer que les patients qui avaient la foi, ou se référaient à l’expérience religieuse mouraient en général beaucoup plus sereinement. Sur quoi j’ai voulu l’inviter à me laisser avoir accès aux dossiers pour pousser une recherche dans le sens de ce qu’il venait de me confier d’un point de vue clinique. Avec un sourire expressif, il me répondit non, car il ne voulait quand même pas se contredire!


Cette expérience m’avait fait beaucoup réfléchir sur le fait que dans les situations où les thérapies devenaient inutiles en certains cas, l’ouverture à l’expérience spirituelle ou religieuse pouvait avoir un certain effet. Un peu analogiquement comme la musicothérapie. Y a-t-il un effet thérapeutique de la prière, de la méditation? De nombreuses études étatsuniennes et maintenant canadiennes démontrent la portée de la pratique de la méditation au plan physiologique, entre autre. Voilà pour cette brève entrée en matière.


Des types de prière


Je pourrais regrouper principalement trois types de prière. D’abord la prière vocale, de demande ou d’action de grâce, comme le signale l’évangéliste Matthieu (6, 1-4). « Prier en secret », retiré(e) dans sa chambre, en tête-à-tête avec ton Père « qui est la dans le secret…qui voit dans le secret (Mat 6,4). N’insistons pas trop sur les demandes car le Père les connait déjà avant même qu’on veuille les lui confier. De plus trois réponses sont possibles de la part du Père. La première est un « oui » rapide à notre demande, un « oui » étonnant qui interpelle. La deuxième peut être un « oui » à retardement. Le temps de Dieu n’est pas le temps des humains. Finalement, la troisième est une sorte de « non » amoureux où Dieu se dit qu’Il pourrait avoir une meilleure solution que celle préconisée dans le libellé même de la demande. C’est un clin d’œil du Père qui peut être compris dans le contexte d’une foi authentiquement vécue. Nous omettons souvent dans nos demandes l’ajout suivant : mais que cela soit conforme à ta volonté! Le deuxième type est la prière communautaire.


Déjà Jésus  incitait les siens en son temps à se réunir quelques-uns ensemble pour prier. Car, disait-il, « …quand vous êtes deux ou trois réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ». Plus tard on parlera de la prière liturgique de la communauté assemblée. C’est l’expression d’une foi partagée dans un contexte rituel précis. Le troisième type est la prière contemplative.


Ou, plus brièvement, la méditation. Une prière silencieuse pour entrer en contact avec le « Tout Autre » qui nous habite. Il ne s’agit pas ici de parler à Dieu mais bien de l’écouter attentivement pour qu’Il se dise à moi tel qu’Il est. Trop souvent on parle de Dieu à travers des images de Dieu enregistrées depuis la petite enfance selon l’éducation religieuse reçue. Des idées sur Dieu, il y en a à l’infini. En définitive, que peut-on dire sur Celui qui nous échappe au plan des conceptions, des notions et de l’imaginaire? Caractérisons particulièrement ce troisième type de prière.

Les ingrédients communs à toutes les formes de la prière contemplative


Que la méditation soit séculière (ou laïque), c’est-à-dire sans référence à un Absolu d’ordre divin, ou relevant de l’une ou l’autre des grandes traditions religieuses (1) on y retrouve un commun dénominateur constitué de quatre ingrédients : Le recueillement, l’attention, le silence et l’écoute. Je ne saurais trop insister sur le recueillement qui n’a rien à voir avec une attitude dévote. L’étymologie du mot suggère plutôt l’effort d’unité de soi, en soi. S’unifier alors que l’on est facilement dispersé, morcelé, éparpillé, distrait, décentré. Se ramasser en quelque sorte pour ouvrir notre conscience en toute sa plénitude. Ouverture active au moment présent en esquivant consciemment le passé qui n’est plus et l’avenir qui n’est pas encore là. Ce recueillement est facilité par la généreuse contribution de l’attention. Être attentif, c’est en soi tout un programme. Lequel exige patience et vigilance, persévérance et une certaine dose de courage. Retenons que la désespérance ne sied pas au christianisme! Combien sommes-nous, de nos jours, à souffrir d’un certain « déficit d’attention »? L’ingrédient qui nourrit le mieux l’attention est le silence.


Le silence, musique de l’âme. Ce silence qui nous façonne. Ce silence qui demeure la toile de l’émergence de la création. Le soleil ne se lève-t-il pas, ne se couche-t-il pas en silence? Les belles fleurs de mon hibiscus qui se présentent à l’aube ont advenu en silence. Les musiciennes et les musiciens, ici présents, savent combien le silence est précieux dans la composition musicale. Sa présence est indiscutable! Le silence pour favoriser au maximum l’écoute.


L’écoute toute silencieuse de Celui qui m’habite. Entendre n’est pas écouter. Car écouter fait appel à tout mon être : corps, cœur, tête, âme. L’écouter Lui se dire à moi tel qu’Il est et non plus comme je le perçois ou comme je le conçois!


Quand tout semble perdu…


Certaines lectures d’ouvrages de deux oncologues réputés, Norman Cousin et Henri Joyeux, ont démontré lors d’études cliniques échelonnées sur au moins quinze ans, que les personnes d’une même cohorte d’âge, atteintes du même type de cancer, pouvaient survivre en moyenne de sept à dix ans de plus si elles avaient un état d’esprit positif et constructif. Si elles nourrissaient encore des projets, voyageaient, bref, si elles vivaient intensément le moment présent nonobstant cette limite. Des transformations s’opèrent alors à l’avantage de la personne. Leur influence est débordante d’énergie. Il y a un lâcher prise souverain et exaltant. Pour celles et ceux qui vivent la foi, il y a une reformulation radicale et authentique de cette dimension constitutive de leur existence. S’abandonner à plus grand que soi. On retrouve un passage de Matthieu fort évocateur à cet égard.


Matthieu, immédiatement après la présentation du « Notre Père… » consacre plusieurs versets à la prière d’abandon à la Providence (Mat 6, 25-34). Il questionne nos craintes et nos angoisses. Pourquoi avoir peur et s’inquiéter pour notre vie et de ce que nous mangerons? Pour notre corps et de qui le revêtira? Les oiseaux ne sèment ni ne moissonnent et pourtant ils mangent tous les jours. Les lis des champs ne peignent ni ne filent, or même le roi Salomon, dans ses plus beaux atours, n’a jamais eu un vêtement plus beau que les lis des champs! La prière contemplative oblige à un abandon de soi, de ses occupations et surtout, de ses préoccupations. Les quatre ingrédients mis en relief tantôt forment l’acronyme R.A.S.E. (Recueillement, Attention, Silence, Écoute). Rase tout ce qui a alimenté ta journée pour te faire le cadeau à toi-même d’un vingt minutes de silence, de paix, de tranquillité, d’abandon à la Source même de ton être.


Combien de fois Jésus s’est-il retiré au désert ou dans un jardin (Gethsémani, des Oliviers) pour y prier en  toute intimité son Père? Quand Il fut abandonné de tous ses apôtres et disciples, renié et trahi…Il a continué à s’adresser à son Père. Même que, dans un moment très humain de détresse psychologique, Il Lui demandera directement pourquoi l’a-t-Il abandonné? Sur la croix,  Il implorera le pardon pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’ils font. Prière d’abandon. Quand tout semble perdu, même Jésus prie sans cesse! Et toujours en fonction de la volonté de son Père qui, seul, sonde le cœur et les reins.


De la méditation dans le sillon de John Main, bénédictin


C’est une longue tradition persistante dans le temps. Inspirée des Mères et des Pères du désert qui voulaient revenir aux sources du christianisme et vivre intégralement l’esprit des évangiles, la prière contemplative (ou méditation) faisait l’économie de la parole. Le moine Jean Cassien parlait d’un court verset des Écritures, idéalement d’un mot. Avant le grand schisme d’Orient il n’y avait pas les distinctions culturelles et linguistiques qu’on connaîtra par la suite, c’est-à-dire aux lendemains de 1054 (XIe siècle). Le mot « mantra » qui n’est aucunement une propriété exclusive de l’hindouisme, du bouddhisme ou de traditions philosophiques ou religieuses orientales ou de l’Extrême-Orient, signifie, en définitive, un mot-prière, un mot sacré, une clé d’entrée, un moyen et non une fin en soi. John Main, bénédictin, a donc restauré la méditation pour la rendre accessible à toutes et à tous.


Il retiendra le mot-prière maranatha qu’on retrouve dans une Lettre de Paul aux Corinthiens et qui constitue le dernier mot du Livre de l’Apocalypse. Ce cri du cœur et de l’esprit, maranatha, dans la langue maternelle de Jésus, l’araméen galiléen, exprime un appel cordial : Viens Seigneur!  Saint-Jacques lui-même dira sans ambages « Approchez vous de Dieu et Il s’approchera de vous ».  La répétition continue de ce mantra pendant les vingt minutes, matin et soir, de la période de méditation, marque une empreinte indélébile sur le cœur, lieu symbolique de la présence du « Tout Autre » au tréfonds de mon être.


Dans les moments de joie et de plénitude, méditons. Dans les moments de turbulence et de souffrance, méditons encore et toujours. Car quand tout semble perdu, la prière contemplative devient un tremplin dans ma vie. Puis-je encore m’en passer?

Je terminerai par un extrait de la préface de Benoît Garceau, omi. dans  l’ouvrage cité à la note (1) :
« Ce qu’il y a de meilleur en chaque tradition religieuse, c’est sa dimension mystique. Amputée de cette dimension, toute religion devient une monstruosité, un principe de conflits et de violence. Or, pour connaître la dimension mystique d’une religion, pour comprendre comment se vit chez elle l’expérience de l’Absolu, comment se traduit sa manière propre de concevoir le retour de l’être humain à la Source de tout être, il importe de regarder le rôle qu’elle accorde à la méditation ».
                                                                                                         
*Entretien donné à la communauté de méditation chrétienne de Saint-Jean-sur-Richelieu, secteur Saint-Luc, lundi le 20 septembre 2010.
(1) THÉROUX, Yvon R., (dir.), En quête de l’Absolu. La méditation selon cinq traditions religieuses, Montréal, Éd. Paulines, 2009.  124 p.

 

 

 

 

 

   
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