Des symboles qui parlent

La boussole

Elle nous dirige vers notre centre, vers notre «cœur profond ».

« Quel que soit ton chemin, quel que soit le chemin que tu prends, demande-toi si ce chemin a un cœur. Tu peux marcher sans carte et sans guide, mais ne marche pas sans boussole ! ». Ces propos de Jean-Yves Leloup rejoignent le but du « mantra » : tourner notre attention au-delà de nous-mêmes pour rejoindre notre cœur profond, là où Dieu habite.

«Il ne s’agit pas seulement de marcher doucement, il s’agit de marcher en étant orienté, en ayant soi-même un point de repère. […] Avoir une boussole, c’est avoir un centre, c’est être centré. Et, pour un être humain, c’est avoir un cœur, non seulement au sens d’organe des sentiments, de l’émotion, ou de l’affection, mais un cœur en tant que lieu d’intégration de tous les éléments de notre personnalité, en tant que centre où notre intelligence et nos pulsions se rejoignent, se réintègrent. […]

«Va, va où ton cœur te mène», dit Qohelet. Aller où notre cœur nous mène est un risque, qui nous conduit parfois dans des impasses, ces «chemins qui conduisent nulle part». […] Ne confondons pas le cœur boussole et le cœur girouette. […]

Avoir une boussole, ce n’est pas découvrir un chemin tout tracé. Plus qu’un chemin, cette marche est une itinérance. Le bonheur est dans la façon de marcher. […] Celui qui marche en suivant sa boussole peut garder le cap, il a reconnu en lui son orient.»

(Jean-Yves Leloup, L’Assise et la marche, p. 70-72)

Le Labyrinthe du Pèlerin ou « mandala spirituel »

Lorsque vous pénétrez dans la grande cathédrale de Chartres, du XIIIe siècle, par le portail ouest, vous marchez sur le Labyrinthe du Pèlerin. Il est dessiné en pierre blanche sur fond noir, sur le sol de la nef, sous la rosace dont le diamètre est exactement identique. Au Moyen Âge, les pèlerins pauvres qui ne pouvaient se permettre d’aller à Jérusalem faisaient un « pèlerinage » symbolique à genoux en suivant les méandres du labyrinthe de leur propre cathédrale. À Chartres, comme dans beaucoup de cathédrales européennes où se trouvaient autrefois des motifs semblables, ce mandala spirituel prit une place importante dans la dévotion des laïcs. Maintes générations éprouvèrent la joie d’arriver au centre du labyrinthe après bien des doutes et des hésitations.

Si vous suivez du doigt le tracé du labyrinthe, vous comprendrez pourquoi John Main considérait la méditation non seulement comme une méthode de prière, mais également comme un pèlerinage intérieur et un chemin de vie. Accomplir le pèlerinage du labyrinthe avec dévouement, au moyen de la méditation par exemple, illumine la vie. Les méandres et les retours en arrière du labyrinthe nous aident à replacer dans la perspective globale du pèlerinage les alternances d’acédie et d’impassibilité, de turbulences et de paix.

Nous commençons au début. Tout chemin humain, même un chemin spirituel transcendant le temps et l’espace, a un point de départ bien précis. Même au début, nous ne sommes pas loin du centre, mais nous avons une route à faire, tout un processus de prise de conscience et de découverte de soi, pour découvrir que nous sommes en fait, déjà et depuis toujours, au centre. Au début, on s’imagine qu’on va arriver au centre en ligne droite, mais très vite, nous tombons sur des méandres et des virages à répétition qui éprouvent et approfondissent notre foi. Ils peuvent nous donner l’impression qu’on perd du terrain, qu’on régresse ; et après des années de méditation, nous pouvons penser que nous n’avons fait aucun progrès, sauf en ce qui concerne la maturation de notre foi, qui est, au fond, le sens premier de la croissance spirituelle. Cette même foi nous montre ensuite que les méandres du chemin ne sont pas la façon pour un Dieu impitoyable de nous rendre la vie plus difficile, mais le moyen pour un maître compatissant et sage de dénouer les nœuds de notre cœur.

Le labyrinthe nous montre qu’il est sage de ne pas essayer de mesurer nos progrès : précisément parce que le chemin n’est pas linéaire et mental, mais cyclique et spirituel, tels les anneaux d’un ressort. Ce qui compte, c’est de savoir avec confiance qu’on est sur la voie. Le sentier vers le centre est étroit, mais il conduit à la source de la vie, là où elle est éternelle. Il faut simplement rester sur le sentier. Si nous essayons de tricher en allant d’un bond de là où nous sommes vers là où nous voulons être sans passer par où nous devons passer, nous nous perdons et tombons dans la confusion. Mais à tout moment, nous pouvons repartir. La compassion constante de Dieu se vérifie très directement dans la constance du chemin et la découverte ultime, au centre, du sens du pèlerinage que nous avons effectué.

Il faut simplement continuer d’avancer avec foi. Qui cherche trouve.

La méditation est une voie. C’est, en premier lieu, une voie d’expérience plutôt que de réflexion ou d’imagination. Même un symbole comme le labyrinthe le laisse entendre. Malgré toute sa richesse de sens, on ne le comprend véritablement que si l’on considère qu’il pointe vers un au-delà de lui-même, totalement hors du monde des signes. Regarder une représentation du labyrinthe et suivre du doigt le chemin vers le centre est une chose, le faire sur les genoux en est une autre. De même, comme il est différent de pratiquer la méditation tous les jours et de se contenter de lire à son sujet ou d’en parler !

(Laurence Freeman, Lettre n. 14 de l’École internationale de méditation chrétienne)

La prière comme une grande roue

Nous ne devons pas oublier que toutes les formes de prières sont valables. Selon Laurence Freeman, directeur de la CMMC : « La méditation est la dimension qui manque, la plupart du temps, à la vie chrétienne d’aujourd’hui. Elle n’exclut pas les autres formes de prières ; en fait, elle rend plus profonde la révérence pour les sacrements et les Écritures. […] La fonction d’une roue est de faire avancer une charrette. La prière est la roue qui fait avancer spirituellement notre vie vers Dieu.

Pour tourner, la roue doit être en contact avec le sol. Si la roue ne touche pas le sol, elle ne peut faire avancer la charrette ; la roue seule tournera. De la même façon, il faut donner un temps réel et une place réelle à la prière dans notre vie quotidienne. Les rayons de la roue sont comme les différentes formes de prières. Toutes les formes de prière sont valables et efficaces. Il y a l’eucharistie, la prière d’intercession, les sacrements, la lecture des Écritures et les dévotions personnelles. Ce qui maintient les rayons ensemble et permet à la roue de tourner est le moyeu. Les rayons convergent vers le moyeu. Nous pouvons penser au moyeu comme étant la prière du Christ qui demeure dans nos cœurs. Le centre de la roue est immobile. Sans ce point fixe au centre, la roue ne peut pas tourner.

La méditation consiste à atteindre l’immobilité au centre de notre être. Quand nous méditons, nous entrons dans cette immobilité centrale qui est la source de toute notre action, notre mouvement vers Dieu par le Christ qui est en nous. Pour que la roue avance, il faut que son centre soit immobile. Telle est la relation entre action et contemplation.»

(Kim Nataraja, L’universalité de la méditation,
extraits de la Lettre n. 6 de l’École internationale de méditation chrétienne)